Ecrire un roman d'heroic fantasy

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samedi, août 1 2009

Interview d'Anna Galore, auteur de trois trilogies, disponibles gratuitement sur internet

Après vous avoir parlé de la publication de vos romans sur internet, je me devais de vous proposer un exemple concret d'auteur ayant réussi ce pari. Et c'est avec un grand plaisir que je vous présente aujourd'hui l'interview d'Anna Galore, qui offre en libre téléchargement trois trilogies sur son site . Comme vous pourrez le constater en lisant ce qui suit, Anna Galore connaît un succès extraordinaire, en dehors du circuit de l'édition traditionnelle. Bien qu'elle n'écrive pas de fantasy, je pense que ses conseils vous aideront et vous motiveront pour aller de l'allant de vos projets d'écriture.

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Imagineria : Bonjour, vos romans n'étant pas du genre fantasy, pourriez-vous commencer par nous présenter votre univers en quelques lignes ? 
Anna Galore : J'écris, pour l'essentiel, des thrillers dont les protagonistes principaux n'ont rien de héros. L'idée est de montrer comment des gens ordinaires peuvent réagir face à des situations extraordinaires, en restant le plus près possible de ce qui me semble être du réalisme.
Chacun de mes romans a pour toile de fond une ou plusieurs cultures particulières, la plupart du temps ancestrales. Je m'intéresse énormément à l'histoire des religions et surtout à leur apparition, ainsi qu'aux mythes fondateurs de l'humanité et aux symboles. J'ai ainsi exploré le destin tragique des femmes condamnées pour sorcellerie, les différentes variations de ce que l'on surnomme la déesse-mère, c'est à dire la femme divinisée que j'appelle quant à moi la femme primordiale, le bouddhisme tibétain que je connais de l'intérieur depuis une trentaine d'années, le catharisme, le chamanisme, la kabbale, les légendes entourant le loup, le culte rendu aux vierges noires, la culture et l'histoire des Roms, la franc-maçonnerie, l'origine du monde vue par les Grecs, les Egyptiens, les Chrétiens et quelques autres.

Il est fréquent que je développe certaines situations sur le mode fantastique ou surnaturel mais en apportant à l'extrême limite une possibilité d'explication rationnelle. Le jeu est, bien sûr, d'aller le plus loin possible dans l'irrationnel avant de proposer une clef purement terre-à-terre. Chaque lecteur peut ensuite choisir de croire ou non en l'une ou l'autre des possibilités offertes. 

Une autre caractéristique, c'est que, dans presque tous mes livres, c'est une femme qui est au cœur de l'intrigue.

Imagineria : Sur votre site, on trouve trois trilogies à télécharger. Ça doit représenter un travail énorme, non ? Combien de temps mettez-vous pour écrire une trilogie et combien pour la corriger avant de la publier sur internet ?
Anna Galore : Je vous reprends : ce n'est pas un travail. J'ai un travail dans la vraie vie sous mon vrai nom mais écrire, ce n'est pas un travail pour moi. Quand j'écris, c'est par pur plaisir de raconter une histoire. J'ai écrit mon premier roman en 2004, ça m'a pris plus d'un an, par petites touches successives à mes moments perdus, avec de nombreux retours en arrière, changements de structure, etc.Il s'agissait, avant tout, d'une improvisation autour d'un thème simple: un homme aime une femme qui ne l'aime pas. Elle a une sœur jumelle physiquement identique qui, elle, aime l'homme en question. Que va-t-il faire ? Ce roman, c'est "Là où tu es" et je ne pensais pas en écrire un autre ensuite. Et puis l'envie m'est venue de raconter ce qui avait pu se passer juste avant ("Les trois perles de Domérat") et juste après ("Le miroir noir"). C'est comme ça qu'est née ma première trilogie, nommée "L'éternel amoureux errant". En moyenne, j'écris maintenant deux romans par an. Mon record de vitesse - absolument pas prémédité - c'est "Les neuf soeurs", le neuvième, que j'ai écrit en 42 jours. Je n'ai aucune explication, les mots sont venus les uns à la suite des autres au rythme de trois chapitres par semaines, c'est aussi simple que cela. Mais le précédent ("La veuve obscure") m'avait demandé neuf à dix mois.
En ce qui concerne la correction et la mise en ligne, je ne raisonne pas en trilogies mais en livres, au fur et à mesure qu'ils sont écrits. Lorsque j'en termine un, je le fais relire à deux "permanentes". Anti avec qui je partage ma vie et Miss You, une amie proche, ainsi qu'à deux personnes extérieures, que je recrute sur le web. Je fais en général savoir que j'ai besoin de deux relecteurs sur mon blog et les deux premiers qui se proposent reçoivent le manuscrit. Je laisse à mes béta-lecteurs entre deux et trois semaines. Je leur demande non seulement de repérer les dernières fautes mais également les éventuelles incohérences dans le récit. Pendant ce temps, je rédige la postface, qui fait un tour d'horizon détaillé des sources historiques sur lesquelles je me suis appuyée. Une fois les corrections faites, je mets le livre en ligne.

Imagineria : Quelle est votre méthode d'écriture ? Faites-vous un plan détaillé avant de démarrer l'écriture ?
Anna Galore : Je ne fais jamais de plan. Je pars de quelques idées très générales, des ingrédients de base comme par exemple l'intérêt pour tel ou tel mythe et le choix de certains personnages (mais d'autres peuvent prendre une importance inattendue en cours d'écriture). J'écris comme ça vient, en général un chapitre à la fois et sans aucune idée de ce que contiendra le suivant, sauf vers la fin du récit où j'ai une idée vraiment claire de la façon dont je vais conclure. Je "vois" à un moment ou un autre sur quelle base va se dérouler le chapitre à venir et je me mets à l'écrire. Il est fréquent que j'arrive, au bout du chapitre, à un point que je n'avais absolument pas envisagé quand je l'ai commencé.

Pour mon premier livre, comme je viens de l'expliquer, j'ai fait de nombreuses retouches en cours d'écriture mais pour tous les suivants, je n'ai plus eu ce problème. J'écris du premier au dernier chapitre, dans cet ordre et je ne corrige à la fin que des détails mineurs de cohérence. Je pourrais presque publier mes romans chapitre après chapitre dès qu'ils sont prêts, comme des épisodes dans un journal.

  L'intérêt avec cette méthode qui n'en est pas une, c'est qu'ainsi, le suspense est total puisque moi-même, au moment où j'écris, je ne sais pas encore ce qui va se passer ensuite ! Il n'y a donc aucun risque que je mette en avant des indices trop évidents qui ruineraient complètement la suite de l'histoire. La seule technique que je pratique est celle de la base même de toute dramaturgie, comme l'explique très bien Yves Lavandier dans son livre du même nom : l'accumulation d'obstacles au fil des pages, de plus en plus infranchissables. A mes personnages - et donc à moi - de trouver comment vaincre ces obstacles sans recourir à quoi que ce soit de tout bonnement incroyable, genre un miracle ou le doigt de Dieu ou le grand méchant qui meurt subitement d'une crise cardiaque. Un tel procédé est à proscrire totalement si on ne veut pas décevoir ses lecteurs. C'est le fameux deus ex machina, le dieu qui sort de la machine, que Lavandier décrit comme "l'évènement inattendu et improbable qui vient régler les problèmes du protagoniste à la dernière minute". Donc, chacun de mes chapitres se termine par un cliffhanger, c'est à dire une montée du suspense. Il s'agit en général d'un nouveau danger qui pèse sur les protagonistes sympa ou d'une nouvelle horreur commise par les protagonistes pas sympa.

Imagineria : Faites-vous des fiches de personnages ?

Anna Galore : Jamais. Pour moi, les personnages existent de façon claire dans ma tête et je les fais donc agir en fonction de ce qu'ils sont censés être. Plus d'une fois, il m'est arrivé de voir un personnage totalement anodin en début d'écriture prendre le devant de la scène et devenir le protagoniste central de l'intrigue, alors que celui que je pensais mettre en avant se retrouve à jouer un rôle de second plan. 

D'ailleurs, je ne fais que très rarement de description explicite de l'apparence physique ou de la personnalité de mes personnages. La personnalité, elle apparait d'elle-même au travers de l'histoire. L'apparence physique, chacun peut l'imaginer comme il veut, ce qui, en fait, rend l'identification bien plus facile. Et ça marche ! Par exemple, certains lecteurs m'ont affirmé connaître l'âge, la couleur des cheveux et des yeux de Charlie, le principal protagoniste de ma première trilogie alors que je n'en dis strictement rien. Et, bien sûr, ces lecteurs avaient chacun une image différente.

Imagineria : Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour ou par semaine ?
Anna Galore : Il n'y a pas de règle. Je peux passer trois semaines sans écrire un mot puis, d'un coup, rédiger un chapitre en quatre heures. Ou enchaîner les pages et écrire un roman entier en moins de deux mois, comme c'est arrivé pour "Les neuf sœurs" ou "Le drap de soie de temps".
L'idéal, c'est quand j'ai un déplacement en TGV pour mon boulot. L'aller-retour Nîmes-Paris dure en tout 6 heures. J'écris le premier jet d'un nouveau chapitre à l'aller et je le peaufine au retour. Il me reste même du temps pour faire la sieste ou bouquiner.


Imagineria : L'inspiration vous vient-elle facilement ? Avez-vous des techniques pour éviter le syndrome de la page blanche ?
Anna Galore : Je n'ai aucun syndrome de la page blanche ! Quand je n'ai pas d'idée de la suite de mon livre en cours, je fais tout simplement autre chose. J'alimente mon blog, je vais au cinéma, je lis des romans (pas forcément en rapport avec celui que j'écris) ou je dévore de la documentation sur tel ou tel mouvement spirituel ou personnage historique obscur qui pourrait peut-être me servir pour la suite... ou pas.

Imagineria : Vous êtes-vous plongée dans un de ces nombreux livres donnant des conseils aux auteurs ? Si oui, lesquels et que vous ont-ils apporté ?
Anna Galore :
Aucun, à part "La dramaturgie" de Lavandier, qui est plus une bible d'une très grande richesse qu'un livre de recettes pratiques. Je ne l'ai découvert que bien après avoir commencé à écrire, pour me rendre compte que j'utilisais déjà les éléments essentiels au développement d'une histoire de façon instinctive - ce qui est le cas de beaucoup d'auteurs. 
Je ne crois pas qu'on puisse apprendre à raconter une histoire en lisant des conseils dans un livre, pas plus qu'on ne peut devenir un bon pianiste en lisant des livres sur le piano.

Imagineria : Avez-vous déjà utilisé des logiciels d'aide à l'écriture ? Pensez-vous qu'ils peuvent apporter quelque chose aux jeunes auteurs ?
Anna Galore : J'ignorais l'existence même de ce genre de logiciels ! Permettez-moi d'être sceptique. Si un logiciel peut vous dire quoi écrire, le résultat sera forcément prédictible et sans intérêt.

Imagineria : Alors que beaucoup d'écrivains rêvent de trouver un éditeur pour vendre leurs livres, pourquoi avoir choisi d'offrir vos romans gratuitement ?
Anna Galore :
Très honnêtement, lorsque j'ai écrit mes deux premiers livres, je les ai envoyés à plusieurs éditeurs qui l'ont tous refusé. Mais j'avais quand même envie de savoir s'ils pouvaient trouver un public ou si, tout simplement, ils étaient trop nuls pour intéresser qui que ce soit en dehors de mes amis les plus proches. D'où l'idée de les mettre en ligne gratuitement pour en avoir le coeur net. J'ai commencé par "Les trois perles de Domérat", premier tome de ma première trilogie. Au bout de quelques semaines, j'étais beaucoup plus que rassurée, j'étais euphorique devant la rapidité avec laquelle ce livre se diffusait. Du coup, j'ai fait de même pour tous mes suivants.

La question m'a été reposée régulièrement depuis. Après tout, puisque mes livres ont du succès, pourquoi ne pas à nouveau les proposer à un éditeur ? Ne prenez pas ce qui suit pour de la mégalomanie mais si un éditeur les veut, ce sera à lui de venir me chercher et il devra me convaincre qu'il peut m'apporter au moins autant de diffusion que ce que j'ai déjà. Je m'explique ! Mes lecteurs sont répartis sur 140 pays autour de la planète et ils viennent de dépasser les 200 000. Quel éditeur aurait pu me faire connaître des chiffres de ce genre ? En tant qu'auteur débutant, je n'aurais pu, au mieux, trouver qu'une maison me proposant un tirage de quelques centaines d'exemplaires, avec une diffusion uniquement en France. Alors que là, je jouis d'une visibilité très largement plus importante.

Bien sûr, je ne serai jamais quelqu'un qui vit de ses droits d'auteur mais c'est bien la dernière chose que je recherche. J'ai déjà un travail qui me fournit un salaire. J'écris pour être lue, pas pour faire fortune. Diffuser un livre commercialement, c'est extrêmement difficile. Qui va payer 20 ou 25 euros pour le roman d'un parfait inconnu alors qu'il peut avoir de très grands auteurs pour le même prix ou moins ? Quasiment personne. J'ai pas mal de copains qui ont choisi de s'auto-éditer ou qui ont trouvé des petits éditeurs. Résultat, ils atteignent péniblement quelques dizaines d'exemplaires vendus, même après plusieurs années. Grâce au web et la diffusion gratuite, je touche mille fois plus de gens et je gagne financièrement exactement autant qu'eux, c'est à dire rien. Il faut, en effet, vendre plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires d'un livre pour commencer à recevoir des droits suffisants pour mal vivre et des centaines de milliers pour commencer à bien vivre. Cela doit représenter 1 ou 2% des auteurs édités. Je ne prétends pas pouvoir faire partie de ces 1 ou 2%, alors autant tout offrir gratuitement... et être connue quand même !


Imagineria : Parmi la multitude d'auteurs qui proposent leurs textes sur internet, vous sortez du lot. Sur votre blog, vous nous apprenez que vous avez atteint 200 000 lecteurs, originaires du monde entier. Wikipedia propose même une courte biographie sur vous. A votre avis, ce succès vient-il uniquement de la qualité de vos romans et du bouche à oreille, ou d'un travail constant pour les faire connaître ?
Anna Galore :
J'aime ce que j'écris mais ce n'est certainement pas à moi de clamer partout que c'est vraiment trop bien ce que je fais. Je ne pratique aucune promotion active sur mes livres, même si j'en ai fait au tout début en en parlant sur le forum littéraire de France Télévisions pendant quelques semaines, puis sur quelques autres de façon plus sporadique. C'est d'ailleurs sur France Télé que j'ai rencontré Anti, dès le premier jour. En revanche, j’ai toujours été très visible sur le web même si ce n’était pas pour parler de mes livres.

Je dirais donc qu'essentiellement, il s'agit de bouche à oreille et de notoriété croissante.

Je viens d'aller vérifier quelques chiffres :

- Sur mon blog, où nous sommes trois rédactrices, seulement 6% des articles sont consacrés à mon activité d'auteur, ce qui veut dire que 94% des sujets abordés n'ont aucun rapport avec mes livres. Par contre, la diversité de ces sujets fait que le blog est très suivi et très bien référencé. Et, de fait, le nombre de mes lecteurs s'est grandement accéléré à partir du moment où le blog a été créé, en février 2008. Si vous tapez "Anna Galore" sur Google, vous obtenez autour de 10 000 réponses qui, pour la plupart, sont liées au blog. Ca aide...

- Si je regarde les statistiques de l'hébergeur de mon site web (celui où se trouvent les livres en téléchargement), je constate que plus de 95% des visiteurs viennent là en accès direct et non par des mots-clés. Cela signifie qu'il s'agit purement de notoriété attachée au nom "Anna Galore". Cela dit, ce n'est pas surprenant en soi. Autant au début mes téléchargements provenaient surtout des forums où j'apparaissais, autant aujourd'hui où j'ai un assez grand nombre de lecteurs, l'effet boule de neige est tout simplement normal. Je veux croire que, s'il ne cesse de croître et d'accélérer depuis maintenant trois ans, c'est sans doute que mes livres plaisent à une majorité, en effet.

De plus, la gratuité, ce n'est pas un argument en soi mais c'est forcément populaire. Certains sites spécialisés - comme Livres pour Tous, Pitbook, eBooks Gratuits et Web Information - référencent mes livres et me renvoient un nombre significatif de nouveaux lecteurs tous les mois. Et je bénéficie, enfin, de la plus naturelle de toutes les promotions : celle de lecteurs qui parlent en bien de mes livres sur leurs blogs, ce qui est une forme de bouche à oreille particulièrement efficace.

Imagineria : Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes auteurs qui ont eux aussi choisi internet et rêvent d'atteindre cette renommée ?

Anna Galore : Je ne sais pas s'il y a une recette miracle. Une fois de plus, je n'ai rien fait de particulier. Cela dit, le minimum incontournable, c'est non seulement d'écrire un livre intéressant mais aussi de savoir donner l'envie aux internautes d'aller le lire. Et c'est dur : écouter un morceau en MP3, ça demande beaucoup moins de temps et d'effort que lire un roman ! Beaucoup d'auteurs débutants ont su trouver les mots pour raconter une histoire mais semblent paralysés quand il s'agit d'en parler.

Il faut déjà qu'ils évitent tout superlatif ou argument à deux balles genre "Le meilleur thriller du moment !". On vous croira si vous vous appelez Dan Brown mais on rigolera si vous êtes un inconnu (même si vous avez vraiment écrit le meilleur thriller du moment). Au lieu de dire que c'est le meilleur, donnez aux internautes de quoi les convaincre, comme par exemple une bonne quatrième de couverture ou un extrait qui accroche l'intérêt sans pour autant trop révéler. Mettez ce genre de texte sur un forum littéraire ou proposez-le à des bloggers pour qu'ils en parlent. Si vous n'attirez absolument aucune réaction, ce n'est pas bon. Si vous vous faites descendre en flammes, pareil mais ça ne veut pas dire que vous êtes mauvais (sur les forums, il y a des pros du lynchage juste parce qu'ils trouvent ça drôle, n'y faites pas attention, tout le monde les connait et personne n'y prêtera attention). Si vous commencez à avoir des avis positifs, ne réagissez pas en vous prenant pour le futur Marc Lévy (que ceux qui trouvent Marc Lévy nul ou simplet parviennent d'abord à vendre plus de livres que lui) mais en remerciant ceux qui disent du bien de vous et en entamant une conversation normale avec eux. Normale, ça veut dire : ne vous la pétez pas. Soyez vous-même, ne frimez jamais et surtout, ne trichez sur rien, sur le Net aucun masque ne tient très longtemps.

Imagineria : Dans le milieu de l'édition, les écrivains ne sont souvent reconnus qu'après avoir été publiés à compte d'édition. Souffrez-vous de cette situation ? Est-ce aussi valorisant d'offrir son roman gratuitement sur internet que de faire éditer son roman sur papier et de le voir en vente en librairie ?
Anna Galore : Vous voulez rire ? Quand j'ai commencé, je rêvais d'atteindre 100 lecteurs pour mon livre. Comment pourrais-je ne pas me sentir valorisée d'en avoir 200 000 dans 140 pays ? Comment pourrais-je ne pas me sentir reconnue ? Ca n'empêche pas que je trouve bien plus beau de tenir mes livres édités dans les mains que de lire un PDF en A4 mais, de ce point de vue-là, l'auto-édition de mes deux premières trilogies à un tout petit tirage (100 exemplaires de chaque livre) m'a apporté une immense satisfaction. Les voir en vente dans une librairie doit être agréable, en effet, mais avec autant de lecteurs déjà atteints, je vous assure que je ne ressens aucune frustration, bien au contraire. Je voulais être lue, je le suis et largement. Si je devais le refaire, je ne changerais rien.

Imagineria : Je vous remercie chaleureusement d'avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions !
Anna Galore : Merci à vous de vous être intéressé à mon aventure.

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Pour aller plus loin, vous pouvez retrouver Anna Galore sur :
- son site internet : http://www.anna-galore.com/
- son blog : http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/

jeudi, juillet 2 2009

Interview de Cécile Duquenne, auteur d'Entrechats.

Après une longue période de pause, le blog revient avec de nouveaux articles. Et le premier d'entre eux est une interview de Cécile Duquenne, auteur d'Entrechats. Comme vous le constaterez, ce roman aurait du être publié aux Editions de l'Olibrius Celeste cette année, mais cette maison a malheureusement fermé entretemps. L'interview n'en garde pas moins tout son intérêt, Cécile ayant pris la peine d'expliciter en détail ses propres méthodes d'écriture et de donner des conseils particulièrement intéressants, et je vous encourage à la lire attentivement.


Imagineria : Pour commencer, toutes mes félicitations pour avoir été choisie par les éditions de l'Olibrius Céleste. Pouvez-vous nous présenter votre roman en quelques lignes ?
Cécile Duquenne : Pour commencer moi aussi, je tiens à vous remercier pour vos félicitations et l’intérêt que vous portez à mon travail comme à l’Olibrius Céleste ! Présenter Entrechats n’est pas chose facile, car c’est un roman d’urban fantasy écrit à la manière d’un polar, réunissant les ingrédients des deux genres au sein d’un univers qui pourrait être l’Egypte de nos jours si la magie avait existé et influencé leur existence. Il n’y a aucun résumé définitif pour l’instant.

Imagineria : Beaucoup de jeunes auteurs rêvent d'être à votre place et seraient heureux d'avoir quelques conseils qui leur permettraient en premier lieu d'achever leur roman puis d'accrocher un éditeur. En auriez-vous quelques-uns à leur donner ?
Cécile Duquenne : S’accrocher ! (rires) Ecrire, beaucoup, souvent, de tout, en sachant se remettre en question et s’ouvrir aux autres. Sans oublier qu’il ne faut jamais considérer un échec comme la fin de l’écriture, ne faites pas cette erreur. Il faut s’acharner pour terminer un roman, et s’acharner ensuite pour le corriger, et s’acharner encore pour trouver un éditeur. L’acharnement permet de se dépasser, d’aller aux delà de ses limites et de s’améliorer. Et, un jour, on se rend compte qu’on a dépassé le stade de « l’écriture ingrate » (vous savez, celle où nos proches pouffent tout en demandant "Alors, comment va Legolas ?"), et que notre production commence à attirer du monde, éditeurs compris… Pas de recette miracle, donc. Écrire un roman et le publier dépend du roman, de l’éditeur, du planning éditorial de celui-ci, de la conjoncture économique – peut-être même de la position des planètes ! – mais avant tout et en majorité de l’auteur et du travail d’écriture qu’il aura effectué en amont.

Imagineria : Combien de temps avez-vous mis pour écrire votre manuscrit ? Et combien pour le corriger ?
Cécile Duquenne : Un temps fou ! Le premier jet ne m’a pris qu’un mois, mais il a subi trois ans de corrections et réécritures successives, sans compter la correction éditoriale qui est en cours…

Imagineria : En général, je demande aux auteurs s'ils ont fait un plan et des fiches de personnages avant de se lancer, mais j'ai lu que vous l'aviez écris pendant le NaNoWriMo. Autant dire que vous avez du écrire comme ça venait. N'avez-vous pas eu de gros problèmes de cohérences dans votre manuscrit ? Comment avez-vous fait pour le finaliser et pouvoir le présenter à une maison d'édition ?
Cécile Duquenne : Et non… ;) J’ai bel et bien fait des fiches de personnages, et même ce que j’appelle des synopsis à multiples points de vue ! Entrechats étant un polar, j’avais trois camps, et j’ai rédigé un synopsis complet par personnage principal avec découpage temporel et éléments connus et non connus par le personnage en question. J’ai fait ça au dernier moment, trois jours avant le top départ du NaNoWriMo, mais j’ai soigné mon intrigue. Enfin, il est vrai que même avec des fiches et un maximum de préparation, un roman écrit en un mois est, au sortir du challenge, illisible par un autre que son auteur. (rires)
Entre ce 1er Novembre 2005 et aujourd’hui, l’intrigue est restée la même. Seule la maturité de l’écriture et la manière d’amener les choses ont changé. Les corrections successives ont servi à modifier, améliorer et aplanir tout cela. Elles ont également participé à étoffer l’univers, à lui trouver un contexte sociopolitique viable qui pouvait donner de grands enjeux à l’intrigue principale. Si je n’avais pas corrigé plusieurs fois mon manuscrit, je ne pense pas qu’il aurait trouvé un éditeur. Je vous l’avais dit : a-char-ne-ment ! ;)

Imagineria : Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour ou par semaine ?
Cécile Duquenne : C’est très variable, je passe d’ailleurs des périodes très longues sans écrire une seule ligne, périodes auxquelles moi-même et ma santé mentale ne survivrions pas si je ne me permettais pas de noter les idées et les répliques qui me viennent dans un petit carnet. Néanmoins, quand j’ai le temps, il m’arrive de passer plusieurs journées d’affilée sur un seul texte, ou plusieurs. Bref, c’est tout ou rien selon les périodes.

Imagineria : L'inspiration vous vient-elle facilement ? Avez-vous des techniques pour éviter le syndrome de la page blanche ?
Cécile Duquenne : J’ai la chance d’avoir très facilement des idées, aussi je n’en suis jamais à court. En ce qui concerne la page blanche, c’est plus délicat. Généralement, je prends mon petit carnet, accessoire indispensable à mes séances d’écriture, une théière pleine de thé et des petits gâteaux, et je reste devant ma page jusqu’à dépasser le blocage. Très souvent, j’ai les idées, je sais ce que je veux dire, mais pas de quelle manière commencer. Une fois le premier paragraphe écrit, j’aligne les signes, même si c’est mauvais. Les corrections amélioreront le texte ! Il faut avouer que le NaNoWriMo n’est pas étranger à cette façon de procéder : écrire coûte que coûte, ne pas prendre de retard, tenir ses quotas quotidiens… ça m’a beaucoup servi.

Imagineria : Vous êtes-vous plongée dans un de ces nombreux livres donnant des conseils aux auteurs ? Si oui, lesquels et que vous ont-ils apporté ?
Cécile Duquenne : Des livres, non, mais un site web, oui ! Je ne peux citer que l’excellent www.derniermot.net où vous trouverez des conseils qui ne vous donneront jamais l’impression d’être le dernier des crétins « parce qu’il faut faire comme-ci, comme-ça ». Au contraire, ils vous pousseront à forger votre propre méthode, de façon à ce que vous soyez le plus efficace possible. Il s’agit d’articles écrit par des écrivains anglais et américains, traduits par des auteurs français. C’est vraiment enrichissant, et ça véhicule une autre idée de l’écriture. Alors qu’en France l’écriture est un art et que « l’art ça ne s’apprend pas ! », les anglo-saxons ont une approche pratique de la chose, que j’avoue largement préférer.

Imagineria : Avez-vous déjà utilisé des logiciels d'aide à l'écriture ? Pensez-vous qu'ils peuvent apporter quelque chose aux jeunes auteurs ?
Cécile Duquenne : J’en ai essayé un qui m’a tellement marqué que j’en ai oublié le nom… le souvenir que j’en garde est assez négatif : pas très pratique, et pas en phase avec mes méthodes. Bien sûr, je ne réduis pas les logiciels d’écriture à ce seul essai. Peut-être celui que j’ai testé était tout simplement mauvais. ^^ Je serai donc bien en peine de vous dire s’ils peuvent apporter quelque chose aux jeunes – et moins jeunes – auteurs…

Imagineria : Vous avez choisi d'écrire dans un univers imprégné des mythes égyptien. Avez-vous eu à fournir un travail de documentation important ?
Cécile Duquenne : Oui, c’est le revers de la médaille… J’ai beau être passionnée par cet univers, les traditions, les mythes, les légendes, je suis loin d’être une spécialiste ! J’ai donc dû tout vérifier, croiser les sources et redoubler de vigilance. Ce n’est pas un roman historique, toutefois j’espère ne pas être passée à côté de certains aspects importants de la mythologie égyptienne.

Imagineria : La question la plus ardue : pouvez-vous nous dire comment vous avez réussi à décrocher un contrat avec cette maison d'édition ? Qu'est-ce qui d'après vous a fait la différence avec les tonnes de manuscrits qu'ils doivent recevoir ?
Cécile Duquenne : La réponse la plus facile : aucune idée ! ^^ Comme dit plus haut, et au risque de me répéter, je crois que c’est parce que je me suis acharnée. Le roman a donc gagné en qualité, côté fond et forme. De plus, j’ai soigné la mise en page et l’orthographe de mon manuscrit, pour que le tout soit aéré et agréable à lire, choses que les auteurs jugent inutiles – au contraire, votre attention quant à ces « détails » montre votre intérêt pour le confort du lecteur, ce qui est loin d’être anodin…

Imagineria : Avez-vous envoyé un synopsis avec votre manuscrit ? Avez-vous des conseils à donner à ceux qui se demandent ce qu'ils vont bien pouvoir mettre dedans ?
Cécile Duquenne : Oui, toujours. Et lors des premiers envois – et premiers refus – ce fut un véritable carnage… Dans leurs lettres, les éditeurs m’ont donné plusieurs conseils que j’ai appliqués à la lettre. Un synopsis ne doit contenir aucune sorte de suspens : ce n’est ni un résumé partiel ni une quatrième de couverture. Il doit être rédigé de manière la plus claire possible, dans un ordre chronologique de manière à ce que les enjeux soient immédiatement perçus, et ne contenir que l’essentiel. En fait, vous devez mettre en valeur la logique de votre intrigue, les effets de cause à conséquence, les effets de miroir, le tout sans vous embrouiller, ce qui n’est pas facile ! Pour ma part, j’ai fonctionné chapitre par chapitre, en ajoutant un récapitulatif des personnages, de leur camp, leur motivation et de leur rôle. En bref : personnages, intrigue, causes, enjeux, conséquences, le tout sans aucune sorte de mise en scène de votre part.

Imagineria : Merci pour ces précieux conseils ! Parlons de la maison d'édition qui vous a fait confiance. Je souhaitais savoir comment vous avez découvert l'Olibrius Céleste et ce qui vous a poussée à travailler avec eux.
Cécile Duquenne : Lors de mes premières soumissions, l’Olibrius Céleste n’existait pas encore. Ce n’est qu’en Décembre 2007, peu avant leur première publication, que je me suis intéressée à leur structure. J’ai particulièrement apprécié leur ligne éditoriale, l’accueil de l’équipe en place sur le forum et la charte graphique du site et de leur première publication – le magnifique roman fantastique de Laure Eslère, Cavatines. Quand il faut soumettre par voie postale, j’hésite souvent (ah, les frais d’impression de manuscrit !), mais là tout se faisait par mail. Je n’ai donc pas hésité une seconde, et je n’ai pas non plus regretté un seule seconde depuis.

Imagineria : Pourriez-vous nous détailler la façon de travailler de cette maison d'édition avec un jeune auteur comme vous ?
Cécile Duquenne : En fait, cela marche un peu comme de la bêta-lecture : nous fonctionnons sur forum, avec un document par chapitre, et nous procédons par ordre de lecture. Je corrige les chapitres au fur et à mesure, je les mets en ligne. Gyl (l’assistante éditoriale) les commente dans le détail (fond et style), puis le texte fait la navette de l’une à l’autre jusqu’à ce que nous soyons d’accord sur tout. Raphaël, le directeur de la collection jeunesse, relit tous les chapitres et ajoute des commentaires quand il en ressent le besoin. Lui et Gyl les valident une fois que tout le monde est satisfait, et je dis bien tout le monde. C’est le point important que les auteurs oublient trop souvent quand ils veulent être publiés : après la signature du contrat, ce n’est plus seulement notre roman, notre bébé, mais aussi celui de l’éditeur car il s’engage avec vous à son succès. Lui aussi est un « accoucheur de textes » ! Cela ne veut pas dire répondre par l’affirmative à toutes les demandes de modification, il faut juste être conscient de cet état de fait pour que tout se passe pour le mieux et ne pas hésiter à argumenter afin de prendre la meilleure décision pour le roman et ses lecteurs, et qui n’est pas toujours la nôtre… ;) Ainsi, dans mon cas, tout se passe par internet, ce qui nous permet de communiquer rapidement et de nous mettre au travail dès que nous avons un instant de libre. C’est très pratique, rapide, et efficace. De plus, tout est transparent, et nous gardons trace de tous les échanges… du coup, les messages servent aussi de mémoire en ligne quand nous oublions un détail ! (rires)

Imagineria : J'ai pu voir sur votre blog que vous étiez encore en train de corriger votre roman. Ca a l'air de représenter un travail énorme. Combien de temps la correction avez-vous du consacrer à la correction de ce manuscrit, après qu'il ait été accepté par votre maison d'édition ?
Cécile Duquenne : Le travail d’édition sur un roman peut être minime mais, dans mon cas, il a fallu faire d’Entrechats un ouvrage complètement jeunesse. Lorsque j’ai soumis à l’Olibrius Céleste, il était tout comme moi : plus du tout adolescent mais pas encore adulte. Forcément, même si le roman est resté le même, il a fallu changer la manière d’aborder certains thèmes propres au roman sans simplifier, car ce n’était pas du tout le but. Trouver la manière de corriger en ce sens m’a pris du temps, j’avoue. On m’a donné carte blanche pour corriger seule au début, ce que j’ai fait pendant un mois, puis l’équipe m’a pris sous son aile dès Septembre 2008. Il y a quelques jours, nous avons terminé cette deuxième phase de correction, et avons entamé une correction supplémentaire pour lisser les changements… et ça avance bien ! J’ai signé en Mars 2008 mais la correction n’a vraiment commencé que l’été dernier… je vous laisse calculer. ;)

Imagineria : Avant de l'envoyer chez l'Olibrius Céleste, je suppose que vous avez fait corriger votre manuscrit par de tierces personnes. Pouvez vous nous expliquer vers qui vous vous êtes tournée et ce que vous attendez d'une critique de vos textes ?
Cécile Duquenne : Ma meilleure amie a lu le roman en même temps que je l’écrivais, et elle est impitoyable. Dès que je jugeais mes scènes abouties, je les lui présentais, et donc tout est passé par le prisme de sa lecture. Je la remercie encore de sa patience ! Par la suite j’ai recorrigé le roman seule, puis, pour être sûre de ne rien oublier, j’ai passé une annonce sur mon blog privé. Quatre personnes se sont proposées pour lire et rendre une fiche de lecture. Afin de ne rien oublier et de leur faciliter la tâche, j’ai inséré une suite de questions à la fin du roman, histoire d’être sûre que les informations principales étaient compréhensibles, que les mystères étaient tous résolus, et aussi de savoir quels personnages ils avaient aimé, quels passages, etc.

Imagineria : Êtes-vous bien accompagnée dans la démarche de publication ?
Cécile Duquenne : Oui, Internet permet un suivi précis des évolutions de mon manuscrit, et l’Olibrius Céleste est une maison d’édition très proche de ses auteurs, extrêmement à l’écoute et toujours ouverte au dialogue. Grâce à leur suivi, cette première expérience de l’édition se déroule au mieux pour moi.

Imagineria : L'Olibrius Céleste est une petite maison d'édition. Conseillez-vous aux jeunes auteurs qui fréquentent ce blog d'envoyer de leur envoyer leur manuscrit ou vaut-il mieux, de votre point de vue, viser une maison d'édition plus importante ?
Cécile Duquenne : Selon moi, la taille de ladite maison ne doit pas être un critère quand on débute : nous ne sommes pas connus, personne ne viendra nous chercher ! Je trouve le fait d’envoyer seulement aux grandes ou aux petites maisons d’édition trop réducteur. Il faut soumettre partout afin de multiplier les chances d’être publié. Par « partout », j’entends : 1) les maisons d’édition ne faisant pas du compte d’auteur déguisé, où vous payez des frais exorbitants pour tout et rien, et, 2) celles dont la ligne éditoriale correspond à votre manuscrit.

Imagineria : En parcourant votre blog, j'ai constaté que votre roman devait sortir fin 2008, mais il est toujours en correction. Avez-vous une nouvelle date de sortie prévue ?
Cécile Duquenne : Aucune de plus précise que « courant 2009 » pour l’instant, mais promis je vous tiens au courant. ^^

Imagineria : Merci pour ces réponses !
Cécile Duquenne : Merci pour ces questions et l’intérêt que vous portez à Entrechats et l’Olibrius Céleste !


Pour en savoir plus sur cet auteur, je vous conseille d'aller sur son blog.

samedi, janvier 10 2009

Les Netscripteurs Editions : édition à compte d'éditeur pour jeunes auteurs

Aujourd'hui, nous allons découvrir Les Netscripteurs Editions, une jeune maison d'édition qui a décidé de prendre le risque de miser sur de jeunes auteurs. Nous avons déjà eu la chance de pouvoir interviewer Sofee L. Grey, premier auteur à avoir été publié par cette maison d'édition. Cette fois, c'est Isabelle Marin, Directrice des Netscripteurs Editions, qui a accepté de répondre à nos questions.


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Imagineria : Bonjour, votre site représente une lueur d'espoir pour énormément de jeunes auteurs qui n'arrivent pas à faire publier leur roman par les maisons d'édition classiques. Pouvez-vous nous présenter Les Netscripteurs Editions en quelques mots ?
Isabelle Marin : Les Netscripteurs, c’est une petite maison d’édition indépendante que j’ai créée en 2006, mais dont l’activité d’édition proprement dite a débuté en 2007 (professionnalisation, premiers contrats, travail avec les auteurs…).
Son objectif est de combler un certain désintérêt des maisons d’édition traditionnelles envers un public d’adolescents et de jeunes adultes, pourtant « gros lecteurs » dans les domaines littéraires qui les passionnent, et qui bien souvent écrivent eux-mêmes sans espoir d’être publiés. Ils sont en effet l’objet d’un certain ostracisme visant à disqualifier d’emblée leurs productions, sous prétexte qu’elles nécessitent un fort investissement éditorial pour des retombées commerciales moins évidentes que celles d’un auteur déjà consacré en France ou à l’étranger.

Imagineria : Pouvez-vous nous confirmer que vous faites bien de l'édition à compte d'éditeur, et que les auteurs n'ont pas de frais à payer, que ce soit pour les corrections de manuscrits, les éventuelles maquettes, etc. ?
Je confirme que Les Netscripteurs publient à compte d’éditeur les jeunes dont les manuscrits sont sélectionnés et qui s’engagent dans le processus de révision collaboratif auteur/éditeur en vue de la publication de leur texte. Parce que je suis persuadée que, non seulement ils ont du talent, mais aussi qu’ils sont capables d’aller plus loin, de travailler sérieusement leur texte comme tout écrivain peut être amené à le faire avec son éditeur. Je m’engage totalement à leur côté pour valoriser leur travail, le mettre à la portée des lecteurs, mais j’attends également un fort investissement personnel de leur part : le livre ne se fera pas sans eux… et je souhaite que les lecteurs des Netscripteurs fassent confiance à l’éditeur pour leur procurer des textes de qualité.
Tous les frais de publication sont pris en charge par Les Netscripteurs qui proposent un contrat d’éditeur (multi-supports) assez classique avec rémunération de l’auteur en droits d’auteur (pourcentage sur les ventes, variable selon le support d’exploitation, avec augmentation progressive du taux en fonction du succès de l’ouvrage) à un taux de base similaire à un auteur jeunesse publié par une grande maison (ce qui, ne rêvons pas, n’est pas extraordinaire !). Le versement, en deux étapes, d’un à-valoir sur les ventes jalonne le travail de révision.
Au pire, si le livre se vend mal, l’auteur, non seulement ne paie rien, mais conserve son à-valoir, tandis que l’éditeur perd son investissement en temps et en argent, d’où une sélection attentive des textes et un travail éditorial parfois important.

Imagineria : Se lancer dans un tel projet doit représenter un vrai défi. Quelle expérience de l'édition aviez-vous avant de vous lancer dans ce projet ambitieux ?
Isabelle Marin : Mon projet est effectivement un défi : aller à l’encontre des idées reçues – selon lesquelles les jeunes ne lisent plus, ne savent plus écrire, ne sont pas sérieux dans leur travail… – demande un véritable engagement de ma part, en termes de travail, de disponibilité, ou de force de conviction, mais aussi financièrement, en termes d’investissements et de travail non rémunéré.
Il comporte un risque certain (ce n’est pas sans raison que la plupart des maisons d’édition privilégient les auteurs déjà reconnus) ; néanmoins, la France bénéficie encore (notamment grâce à la loi Lang) d’une assez grande « bibliodiversité », et une myriade de petits éditeurs peuvent vivre en s’adressant à des publics plus étroits, délaissés par les grandes maisons. Le maintien d’un réseau de vente lui-même diversifié facilite l’accès à cette variété. C’est cette opportunité qui m’a décidée à mettre en œuvre mon projet.
Il s’agit d’un défi que l’on peut partager et réussir à plusieurs :
- défi pour l’éditeur, qui doit prendre des risques et s’investir dans une masse de travail très importante (corriger de jeunes auteurs est assez lourd, mais convaincre les libraires également), car, dans une petite structure, le processus éditorial, complexe et spécialisé, nécessite d’être à la fois chef d’orchestre et musicien…) ;
- défi pour le libraire qui, s’il prend moins de risques que l’éditeur, doit néanmoins sortir d’une logique purement commerciale en mettant en valeur une production un peu en marge ;
- défi pour le lecteur, in fine seul garant du succès (ou non) du projet, et donc de la possibilité de le pérenniser (ou non), par la reconnaissance que lui-même accordera aux auteurs des Netscripteurs en achetant leurs livres.
Pour oser une pareille aventure, peut-être fallait-il la petite dose d’enthousiasme et d’engagement de ceux qui ont au départ un point de vue extérieur, celui qui permet de détecter la faille, un espace ouvert, dans un milieu où l’on peut rapidement être désabusé.
À l’origine de ce projet : mon double constat d’un monde d’adultes où il devient de plus en plus difficile pour un jeune de faire sa place (que ce soit en matière d’emploi – où les jeunes, pourtant plus diplômés qu’auparavant, peinent à obtenir un contrat « de droit commun » –, de logement, voire de considération tout court…) et, d’un autre côté, de jeunes qui chaque jour se battent pour y arriver (j’ai longtemps travaillé en mission locale pour l’insertion des jeunes et dans un cabinet d’évaluation de politiques jeunesse : emploi, formation, prévention…), et aussi de jeunes qui écrivent (sur Internet ou d’une manière plus classique), mais sans vraie reconnaissance. J’ai ainsi repéré que très peu de maisons d’édition faisaient une place aux jeunes auteurs encore inconnus, et qu’aucune ne s’y consacrait pleinement, tandis que sur Internet fleurissent des « offres » à compte d’auteur, coûteuses pour les auteurs et satisfaisantes principalement sur le plan narcissique (quoique… car le résultat est souvent décevant, et surtout non mis en valeur par un éditeur dont le travail constitue en quelque sorte une « garantie » pour le lecteur).
J’ai donc mûri et travaillé mon projet avant d’entrer de plain-pied dans le monde de l’édition. J’ai dû affronter des défis personnels, et ces deux années de mise en place ont en outre été consacrées à ma professionnalisation dans ce secteur : licence professionnelle Métier du livre option Édition, stage, nombreuses formations avec l’Asfored, prestations de service (qui me permettent de financer les investissements…), sans compter que la mise en œuvre du projet en elle-même est très formative. La première publication des Netscripteurs a été l’occasion de mettre en place beaucoup des choses (méthode de travail avec l’auteur, maquettes, collaborations diverses, distribution…) qui serviront de socle aux publications suivantes.

Imagineria : Est-ce que vous pouvez détailler un peu plus la ligne éditoriale des Netscripteurs ? Recherchez-vous des thèmes précis ou êtes-vous ouverts à tous les styles de littérature ?
Isabelle Marin : La ligne éditoriale des Netscripteurs est avant tout axée sur « ce que lisent et écrivent les jeunes ». A priori, tous les thèmes et genres littéraires peuvent donc être concernés. Néanmoins, nous privilégierons dans un premier temps les romans, récits et documents, parfois les nouvelles. Nous n’envisageons pas de publier de poésies sous forme de livres, mais certaines pourront être présentées sur le site Internet des Netscripteurs.
Ainsi que le suggère Prophets, Les Enfants de la Cité maudite, de SoFee L. Grey, nous commençons avec de la fantasy, car beaucoup de jeunes sont attirés par ce genre de littérature, que ce soit au niveau de la lecture ou de l’écriture. Parmi les projets en cours : un roman de fantasy plus « classique » où nous évoluerons parmi des elfes, des nouvelles fantastiques d’une tonalité bien plus noire, et bien sûr le tome II de Prophets, où sur la trace des Six, nous partirons à la découverte des plaines de Wenisland et de la puissante cité de Tiad (sans doute ne serons-nous pas les seuls à les pister…).

Imagineria : Les livres que vous souhaitez publier doivent-ils s'adresser plutôt aux enfants, aux adultes, aux deux ?
Isabelle Marin : Nous nous adressons à un lectorat qui recouvre ces deux publics, mais plus précisément aux adolescents et aux jeunes adultes (on pourrait « baliser » 12-35 ans, ce qui assez vaste…).
Nous ne ferons pas de livres « pour enfants » avec style et intrigue adaptés à ce public spécifique.
Cela dit, chaque livre est particulier, d’un abord qui semblera facile à certains, difficile à d’autres. Chaque lecteur a ses capacités et ses goûts propres, indépendamment de son âge, aussi est-il difficile de trop catégoriser : nous n’apprécions pas tous la même chose dans un même livre…

Imagineria : Acceptez-vous les romans en plusieurs tomes ? Si oui, faut-il qu'ils soient déjà tous écrits avant de vous envoyer les manuscrits ?
Isabelle Marin : Nous acceptons en effet les romans en plusieurs tomes, notamment en fantasy, car ils permettent de développer une histoire complexe dans un univers qui sollicite particulièrement l’imagination du lecteur. Prophets, Les Enfants de la Cité maudite, de SoFee L. Grey, en est d’ailleurs un exemple.
Nous préférons que l’écriture générale soit terminée car cela permet à l’auteur de régler lui-même au fur et à mesure les problèmes de cohérence, de suspense ou autre, qui peuvent se poser en cours d’écriture et qui nécessitent de reprendre des passages du début. Et cela nous permet, bien sûr, un jugement plus éclairé sur le manuscrit soumis.
Néanmoins, si l’écriture de la série entière n’est pas terminée, il faut dans ce cas qu’elle soit bien avancée et que l’auteur ait une idée précise de la fin de l’histoire générale et des étapes pour y parvenir. Le piège est de commencer une histoire sans savoir où elle va, et de décider qu’il y a plusieurs tomes parce qu’en fait on n’en imagine pas la fin et que l’on souhaite repousser cet instant…
Il faut aussi être capable de s’engager dans la durée…

Imagineria : Concernant les auteurs, le site explique bien que vous souhaitez vous tourner plutôt vers les jeunes écrivains. Cela veut-il dire que vous avez fixé un âge limite ? Quel est-il ?
Isabelle Marin : L’âge et la qualité (qui selon moi ne sont pas antinomiques) sont en effet nos points prioritaires, mais aucun « âge limite » n’a été fixé de manière absolue, car si cette focalisation témoigne qu’aucun a priori ne sera porté sur les textes soumis en raison de l’âge ou du « manque d’expérience » de leur auteur, c’est l’intérêt pour le texte qui prévaut, de même que la capacité à s’engager dans un processus éditorial.

Imagineria : Votre site, qui précise clairement les modalités d'envoi de votre manuscrit, prévient qu'il faut attendre un à six mois avant d'avoir une réponse. Sachant que les manuscrits ont tendance à arriver en masse et à s'empiler, tenez-vous toujours ce délai aujourd'hui ?
Isabelle Marin : Nous dépassons effectivement ce délai depuis quelque temps. D’une part, la structure est encore en train de se mettre en place (notamment la partie commercialisation). Et d’autre part, nous souhaitons accorder aux textes qui nous sont soumis le temps nécessaire à une « lecture contradictoire » par différents lecteurs qui donnent leur avis, le travail éditorial nécessaire doit lui aussi être évalué. Ces avis aident l’éditeur à prendre une première décision sur la faisabilité ou l’opportunité du projet ainsi qu’à nourrir une fiche mettant en avant les points forts et les points faibles du texte, destinée à renseigner l’auteur, qu’une décision de publication soit envisagée ou non. L’ensemble de ce processus s’ajoute au travail éditorial actuel sur des textes déjà sélectionnés et au lancement de la première publication que nous défendons ardemment de même que notre audacieux projet de publication de jeunes auteurs.

Imagineria : Garantissez-vous de toujours répondre aux auteurs qui envoient des manuscrits, même si la réponse est négative ? Prenez-vous le temps d'argumenter les refus pour que l'auteur puisse s'améliorer ?
Isabelle Marin : L’une des principales raisons de l’augmentation des délais de réponse, en plus du temps nécessaire à des lectures attentives et contradictoires, tient justement à cette exigence d’une attitude constructive permettant à l’auteur, qu’une publication soit ou non envisagée, de « s’améliorer » dans son travail s’il le souhaite, ou au moins de comprendre notre décision. J’insiste à dessein sur plusieurs éléments : notre réponse et notre « critique » sont tout à fait subjectifs, notre choix nous appartient, et malgré la légitime déception que l’on peut ressentir de voir son manuscrit refusé, il est toujours précieux de se saisir du regard d’autrui, des éléments mis à sa portée pour « en faire quelque chose » de personnel.

Imagineria : Comment est formé le comité de lecture ? Combien de personnes sont chargées de lire les manuscrits ? A-t-il des spécificités ?
Isabelle Marin : Le comité de lecture des Netscripteurs est fluctuant, variable. Il est composé de « grands lecteurs » (lisant beaucoup et rapidement) d’âges différents et dotés d’une « culture littéraire » dans des genres complémentaires. Si je lis personnellement tous les manuscrits et prends la décision de publication, je ne m’érige pas en « experte », j’apprécie les conseils et les avis. Il est rare d’être en accord total et cela permet de relever des aspects qui ne nous avaient pas « frappés » à la première lecture.
C’est une grande responsabilité de confier un manuscrit afin d’en demander une critique à la fois sévère (précieuse pour le travail éditorial qui peut suivre) et bienveillante, car il n’est pas question de « casser » les auteurs qui ont le courage de prendre le risque (personnel) de proposer leur manuscrit, de nous faire confiance pour nous confier « cette part d’eux-mêmes ».

Imagineria : Recherchez-vous des candidatures pour entrer dans le comité de lecture ?
Isabelle Marin : L’une des difficultés est la confidentialité dans laquelle doit rester le texte proposé, elle doit permettre à l’auteur d’y retravailler sereinement s’il n’est pas retenu, et s’il est retenu, de ne divulguer le texte que sous forme de livre, dans sa version finale améliorée, peaufinée. Par ailleurs, une certaine rapidité de lecture et d’analyse du texte est requise afin de faire circuler le texte rapidement et de manière efficace.
J’ai donc tendance à m’entourer pour l’instant de personnes « de confiance », mais des liens se tissent et me permettront sans doute de diversifier encore et d’élargir ce comité de lecture.

Imagineria : Quel est votre objectif en terme de nombre de livres édités par an ? Combien de temps vous donnez-vous pour y arriver ?
Isabelle Marin : Notre objectif est de publier peu (1 à 5 livres par an), mais en se donnant le temps de bien travailler chaque livre avec l’auteur et de le défendre ensuite. Je trouve que beaucoup de livres sont publiés pour d’obscures raisons et viennent encombrer les librairies, alors que d’autres, relevant davantage d’une activité de création, ne le sont pas, qui le mériteraient pourtant. Compte tenu du nombre énorme de livres publiés chaque année en France, je ne souhaite pas participer à cette course frénétique mais accorder l’importance au côté humain et artistique en espérant que le public (et les libraires) seront sensibles à cette démarche et, à leur tour, nous donneront notre chance au niveau commercial.
Lorsque j’ai créé la société en juin 2006, je m’étais donné un an pour la mise en place de l’activité de prestation de service nécessaire au financement des premiers projets, pour terminer mon enquête sur les pratiques de lecture et d’écriture des jeunes, et pour ma professionnalisation dans le secteur de l’édition, ce qui a été fait. Je comptais ensuite consacrer une autre année à l’installation de l’activité d’édition proprement dite avec la sélection des premiers manuscrits, le travail sur deux premiers textes (dont celui de SoFee, rencontrée à l’occasion de l’enquête) et la mise en place progressive de toutes les fonctions d’une maison d’édition (et c’est vaste, surtout lorsque la grande majorité des tâches sont réalisées en interne par une seule personne). On peut dire que cette mise en place a abouti avec la publication de Prophets : bien sûr, bien des choses restent à améliorer, mais la machine est lancée et le travail accompli permettra une plus grande efficacité et rapidité pour la suite.

Imagineria : Comptez-vous lancer des appels à textes pour des nouvelles, afin d'éditer des anthologies, des fanzines ou des webzines dans le futur, comme le font plusieurs petites maisons d'édition ?
Isabelle Marin : Je ne compte pas me lancer dans des fanzines ou webzines. Je pense que cette activité est différente de la mienne – la publication de livres –, qui me prend déjà tout mon temps, et pour laquelle je recherche plutôt des textes longs, rarement publiés par les webzines ou fanzines car ces derniers préfèrent généralement le format des nouvelles. Je préfère la complémentarité, voire la collaboration (plutôt que la concurrence), avec les quelques autres maisons d’édition ou sites Internet qui s’intéressent aux jeunes auteurs et essaient eux aussi de valoriser ce travail.
Des nouvelles pourront cependant être publiées, notamment pour du fantastique (cela est d’ailleurs prévu prochainement), mais ce format restera un peu exceptionnel chez les Netscripteurs.

Imagineria : Quel est le nombre de signes minimal que vous exigez pour un roman ?
Isabelle Marin : Je ne souhaite pas publier des textes stéréotypés et ne fais pas de « fixette » sur le nombre de signes ou de pages (la maquette du livre s’adapte à l’histoire et non l’inverse). Ce que l’on nomme roman est toutefois plus long qu’une simple « dissertation », mais une nouvelle, brève mais brillante, peut s’intégrer avec succès dans un ouvrage collectif.

Imagineria : Imaginons à présent que vous avez choisi le manuscrit d'un auteur talentueux et que vous en fassiez un livre, avez-vous les moyens de le vendre ? Quels sont les moyens que vous mettez en place pour assurer la promotion d'un livre ? Etes-vous référencés ? Participez-vous aux salons du livre, organisez-vous des séances de dédicaces, par exemple ?
Isabelle Marin : Je pense que, malgré sa jeunesse, notre maison d’édition défendra bien mieux que d’autres les ouvrages de ses auteurs car un effort particulier, soutenu par les motivations de son projet éditorial, est consacré à la promotion des ouvrages (prix attractif, cadeaux…) et à la communication (notamment avec le public – site Internet, blogs –, mais aussi avec les libraires – contact direct, affiches, argumentaire de vente).
Nous sommes référencés sur le réseau Dilicom qui accroît notre visibilité et facilite les commandes des libraires.
Notre réseau commercial se met progressivement en place (il faut convaincre les libraires un à un…) et il n’est pas très étendu pour l’instant, c’est pourquoi la commande directe est possible via notre site Internet (www.netscripteurs.com), ou sur Amazon.com (malgré quelques problèmes techniques d’actualisation des informations sur ce site, bientôt résolus j’espère, le livre apparaît bien comme disponible auprès du vendeur Cyber-scribe qui transmet directement la commande à l’éditeur).
Nous envisageons bien sûr de faire participer nos auteurs à des salons du livre et autres manifestations, mais sans trop s’éparpiller, de même qu’en ce qui concerne la communication média où les médias alternatifs et plus proches du public (comme l’Internet) seront privilégiés.
Les informations sur nos points de vente et notre participation à des évènements seront régulièrement mises à jour sur nos blogs (http://netscripteur.skyrock.com et  http://le-salon-d-isa.over-blog.com).

Imagineria : Aujourd'hui, vous avez édité un seul livre : Prophets, Les Enfants de la Cité maudite, de SoFee L. Grey. Je l'ai cherché rapidement sur internet, et je ne l'ai trouvé nulle part, si ce n'est sur votre site. Ca peut être inquiétant pour des auteurs désireux de voir leur ouvrage se vendre. Pouvez-vous les rassurer ?
Isabelle Marin : Hé ! hé ! je pense que depuis cette question, la situation a évolué… Mais cela dit, cette faible visibilité est un peu normale, puisqu’il s’agit de notre première publication et que nous sommes une petite structure qui se met en place progressivement.
D'autre part, ce premier livre est en format poche. Ça peut sembler étonnant pour une première édition. Pourquoi ce choix ?
C’est un choix réfléchi et destiné à faciliter l’acquisition des ouvrages par le public visé, c’est-à-dire des jeunes qui n’ont pas forcément un gros budget à consacrer à leur passion. Sachant qu’une nouvelle parution coûte habituellement autour de 20 euros et qu’en cas de série, ce chiffre est à multiplier par le nombre de tomes… Par ailleurs, la lecture chez les jeunes subit fortement la concurrence des « lectures imposées » par les études, les divers profs, qui amputent le budget (et le temps) consacrés à la lecture-plaisir. Ainsi, il est plus facile de tenter l’expérience d’un auteur inconnu si le montant de l’achat de son livre reste modeste et n’ampute pas l’acquisition d’autres livres plus « attendus ».
Pour compenser cette réduction du format qui permet des coûts d’impression (et donc un prix de vente) plus bas, la mise en page est particulièrement soignée afin d’offrir le même confort de lecture qu’un ouvrage publié dans un format plus grand, et le travail sur l’illustration de couverture, loin d’être délaissé, est valorisé par des « goodies » (affiches, marque-pages et autres déclinaisons…). Bref, on espère ainsi attirer plus de lecteurs sur ces lectures parallèles, sans pour autant négliger la qualité et le plaisir lié à l’objet-livre.

Imagineria : Pour finir, j'ai lu sur votre site que vous aviez un projet de cahier électronique de poésie. Pouvez-vous détailler un peu plus ce projet ? Comment y participer ?
Isabelle Marin : Ce projet découle d’une double frustration : celle de ne pouvoir publier de la poésie (pour plusieurs raisons dont celle de débouchés commerciaux vraiment trop aléatoires), alors qu’il s’agit d’une forme d’expression privilégiée de la jeunesse, et d’une volonté initiale de faire de l’édition électronique (en fait prématurée à l’heure actuelle malgré son intérêt en termes de démocratisation de l’écriture et de moindre coût). Dès les débuts, les Netscripteurs ont reçu beaucoup de manuscrits de poésie, très souvent d’auteurs proposant également un (ou des) roman, et il nous a semblé dommage de les laisser dans l’ombre. Cependant, la difficulté réside en un assemblage harmonieux et cohérent des différents écrits et nécessite donc beaucoup de « matière » pour pouvoir faire des choix, vos lecteurs peuvent donc nous proposer leurs textes en ce domaine afin que ce projet se puisse voir le jour… sachant qu’il n’engendrera pas de droits d’auteur mais une simple « exposition » (qui peut cependant être valorisée dans le « CV » de l’auteur).

Imagineria : Merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions.

mardi, janvier 6 2009

Interview de Vanessa du Frat, auteur des Enfants de l'Ô, disponible gratuitement sur internet

Pour cette interview, c'est Vanessa du Frat qui nous a fait l'honneur de répondre à nos questions. Auteur des Enfants de l'Ô, elle a choisi de mettre son roman en ligne, permettant aux internautes de le lire gratuitement. Elle nous explique les raisons de ce choix, et détaille aussi sa façon d'écrire, bien différente de plusieurs conseils que j'ai pu donner sur ce blog, ce qui la rend d'autant plus intéressante.

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Imagineria : Les Enfants de l'Ô semble être un roman maintes fois repris et retravaillé. Où en êtes-vous aujourd'hui ?
Vanessa du Frat : Effectivement, j'ai commencé ce roman alors que j'avais 13 ans, et je l'ai remanié de (trop) nombreuses fois jusqu'à aujourd'hui. Cependant, la version actuelle n'a rien à voir avec la première version mise en ligne (en janvier 2003, si je me souviens bien). Je crois que j'en avais marre de toujours réécrire la même chose, donc j'ai attaqué la saga sur un angle complètement différent.
Actuellement, je suis en train de boucler (péniblement) le 5ème tome, celui qui clôturera le premier cycle des Enfants de l'Ô. Dès que j'aurai mis le point final à ce tome, je m'attellerai à la correction du premier tome, car la version en ligne est un premier jet et non le roman abouti.
 
Imagineria :Pour ceux qui souhaiteraient le lire, pouvez-vous nous présenter ce roman ?
Vanessa du Frat : Hmm, question ardue ^^ Je prie toujours pour qu'on ne me la pose pas, celle-là...
Il s'agit d'une saga familiale, très axée sur les personnages, sur leur rapport les uns aux autres, sur leur histoire, sur leur psychologie. Dans le premier cycle, on suit les destins croisés de plusieurs personnages : Lúka et sa soeur Line, qui vivent dans une époque pas très éloignée de la nôtre, Ludméa et Ruan, qui eux vivent sur une autre planète et dans une autre époque, ainsi que Lyen, une mystérieuse jeune femme au physique étrange et au passé trouble.
Au début du roman, une femme est retrouvée au beau milieu d'une forêt au lendemain d'une inexplicable tempête. Elle est enceinte, et apparemment atteinte d'un virus inconnu. Alors que certains s'efforcent de la sauver, d'autres semblent vouloir sa mort, et ses enfants se retrouvent vite le centre de toutes les attentions.
(bon, je suis nulle pour les résumés, il paraît que le roman est mieux que ce que la 4ème de couverture laisse envisager)

Imagineria : Combien de temps avez-vous mis pour écrire votre manuscrit ? Et combien pour le corriger ?
Vanessa du Frat : Pour le premier tome, j'ai mis un peu plus d'un mois. Je sais, c'est court, mais je participais au NaNoWriMo et je ne travaillais qu'à 60%, à l'époque. Pour les autres tomes, tout s'est allongé de manière drastique. Trois mois pour le deuxième tome, près de huit pour le troisième, un an pour le quatrième, et maintenant un peu plus d'un an pour le cinquième (qui est écrit aux trois quarts).
N'ayant pas encore commencé la correction du premier tome (à part une relecture avant de le mettre en ligne), je ne peux pas faire de prédiction, mais sans trop vouloir m'avancer, je dirais qu'elle me prendra certainement plus de six mois. J'ai commencé une relecture en notant tout ce que je voulais changer, et c'est assez conséquent.

Imagineria : J'ai lu un passage particulièrement intéressant sur votre blog à propos des plans de roman. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l'importance d'un plan à vos yeux, mais sur la capacité que doit avoir un auteur à s'en détacher pour s'adapter à la tournure que prends le récit ?
Vanessa du Frat : L'article était rédigé par un de mes co-rédacteurs. Je ne fais pas de plan, même si j'ai une ligne directrice pour l'histoire. Comme je l'expliquais sur le blog, j'ai des scènes-clé que j'appelle "balises", et entre ces balises, la voie est libre. L'histoire se développe au fur et à mesure et change beaucoup.
Je pense que le fait de travailler sans plan vient de ma manière d'aborder l'écriture : j'ai envie d'être surprise par l'histoire (presque) autant que le lecteur, donc, je me laisse surprendre par mes personnages, par leurs réactions.
Et je remarque que, bien souvent, lorsque j'essaie de forcer une scène et que je n'arrive pas à l'écrire, c'est parce qu'elle ne correspond pas à ce que mes personnages auraient fait ou pensé.
A mon avis, suivre un plan à la lettre menotte l'écrivain et l'empêche de laisser parler son imagination. D'accord, il a créé le plan, mais s'il est ensuite enchaîné à un vieux plan qui n'a pas évolué alors que l'histoire a peut-être évolué dans sa tête, l'écriture s'en ressentira.
Cela dit, je devrais utiliser un plan, et j'en fais lorsque j'arrive vers la fin d'un tome, pour être sûre de ne rien oublier. Le problème d'écrire sans plan, c'est qu'on démarre parfois une intrigue, qu'on oublie complètement par la suite. Mais MON problème avec les plans, c'est que dès que j'en fais un, il me faut moins d'un chapitre pour le rendre obsolète. Un petit exemple : sur le plan que j'avais fait pour le premier tome, j'en suis, actuellement, au chapitre 7... (et j'en suis au chapitre 28 du cinquième tome dans l'écriture)
 
Imagineria : Les personnages sont très importants et très travaillés dans votre roman. Je sais que vous faites des fiches de personnages, pourriez-vous nous expliquer comment vous les construisez, ce que vous y mettez ?
Vanessa du Frat : Les fiches de personnages, encore une fois, c'est un co-rédacteur. Je n'ai fait aucune fiche pour mes personnages, et d'ailleurs, si on me pose des questions de type "quel est le plat préféré de Ludméa", "quelle est la couleur préférée de Ruan", ou encore "quelle est la date de naissance de William", je serais bien incapable de répondre. En revanche, toute l'histoire, toute la psychologie de mes personnages est présente en permanence dans un coin de mon cerveau, ce qui me permet de créer des personnages réalistes, aux réactions humaines. Enfin, c'est ce que les lecteurs me disent !
Mes personnages font partie de moi, c'est une sorte de personnalité multiple. Je suis capable de me mettre en retrait pendant l'écriture et d'assister aux scènes ou aux dialogues en tant que simple spectatrice, pour ensuite me plonger dans la rédaction.
J'ai cependant fait quelques fiches personnages pour le site des Enfants de l'Ô, avec des informations basiques sur eux, pour les lecteurs. D'ailleurs, il faudrait que je les mette à jour...
J'ai toujours été fascinée par les gens qui sont capables de pondre des pages et des pages sur les goûts de leurs personnages, sur leurs vêtements préférés, sur leurs plats favoris, sur le nom de leur animal de compagnie, sur l'histoire de leur enfance... Je trouve ça génial, mais pour moi, ça ne fonctionne pas. Je suis trop flemmarde, et surtout, j'ai envie d'aller droit au but, donc, à l'écriture.
En revanche, je vais devoir me mettre aux fiches de personnages pendant la correction, ne serait-ce que pour savoir leur date de naissance :)

Imagineria : Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour ou par semaine ?
Vanessa du Frat : Tout dépend de ma forme physique et de mon état de fatigue, puisque je souffre depuis maintenant deux ans d'une maladie affectant la concentration et l'état d'éveil. Mais si je me base sur mes "statistiques" d'avant ma maladie, je peux dire que tout dépendait des semaines ou des jours. Il y a eu des jours à 6000 mots, il y a eu des jours à 0. En moyenne, en phase d'"écriture intense", j'écrivais plus de 10'000 mots par semaine. En 2008, je suis tout de même parvenue à faire le NaNoWriMo (en ne faisant rien d'autre) et j'ai écrit 75'000 mots en un mois, ce qui fait une moyenne de 18'000 mots par semaine.
Quant au temps que j'y passe, j'ai la chance de taper très vite, et la "malchance" d'avancer assez lentement, puisque je réfléchis beaucoup à ce que j'écris pour éviter de trop lourdes corrections (comme celles que je prévois pour le premier tome, par exemple... Quand j'écris trop vite, je m'en mords les doigts par la suite).
Je pense que je mets au moins une heure pour écrire 1000 mots.
 
Imagineria : L'inspiration vous vient-elle facilement ? Avez-vous des techniques pour éviter le syndrome de la page blanche ?
Vanessa du Frat : Pour les Enfants de l'Ô, c'est particulier. L'histoire est là depuis longtemps dans un recoin de mon cerveau, et il semblerait que par un mystérieux phénomène, elle avance toute seule et se complexifie de jour en jour. Ce que je dois combattre, c'est la fatigue. A partir du moment où je me sens bien et que je suis motivée pour écrire, les mots viennent sans trop de difficultés. Souvent, quand je bloque sur un passage, je laisse reposer quelques jours, et un nouveau tournant de l'histoire s'impose. Un mars, et ça repart !
Parfois, j'ai du mal à cerner la réaction d'un personnage, et là, mon entourage m'aide beaucoup. Je pose des questions à mes amis, je leur demande de s'imaginer dans la peau de mon personnage et de me dire ce qu'ils feraient à sa place. Tout en gardant à l'esprit que chacun est différent, bien sûr.
Et quand ça bloque vraiment, je prends mon cahier fétiche (un vieux truc que je traîne partout avec moi, rempli de feuilles lignées récupérées dans mon ancien boulot et qui servaient à écrire des rapports sur les retards des avions... eh oui !) et un stylo, et j'écris. Soit je griffonne un plan vite fait pour cerner un chapitre à venir, soit je pose des éléments de chapitre, soit ça démarre, et là, je noircis plusieurs pages, que je recopie ensuite sur l'ordi en faisant une première correction.
Pour les autres histoires, je trouve que le plus difficile, c'est le début. Une fois que j'ai un début qui me plaît, la suite vient en général assez facilement.
 
Imagineria : Vous êtes-vous plongée dans un de ces nombreux livres donnant des conseils aux auteurs ? Si oui, Lesquels ? En avez-vous à conseiller ?
Vanessa du Frat : Jamais. Je les trouve absolument inutiles (mais cet avis n'engage que moi). Bien souvent, en feuilletant ce genre de livres, je tombe sur des conseils sans doute pertinents pour un débutant, mais guère utiles pour quelqu'un qui écrit depuis longtemps. Cela dit, je pense que quelqu'un qui se lance dans l'écriture pourrait bénéficier des conseils de ces livres, et d'ailleurs, si j'avais eu un de ces manuels d'écriture dans les mains alors que je débutais, j'aurais probablement évité certaines erreurs.
Ce qui est plus utile, à mon avis, c'est de lire énormément, et dans des genres variés. Ou encore de parler à d'autres écrivains. Bien souvent, on est surpris des similitudes dans la manière d'aborder l'histoire et les personnages !
 
Imagineria : Avez-vous utilisé des logiciels d'aide à l'écriture ?
Vanessa du Frat : Aucun. J'en ai téléchargé un ou deux il y a quelques années, pour "voir". Mais dès qu'ils ont commencé à me demander des choses trop précises, j'ai cliqué sur la petite croix et j'ai rapidement tout désinstallé. Les logiciels d'écriture sont sans doute utiles pour qui travaille avec un plan très détaillé et des fiches de personnages exhaustives, mais pour moi, ça ne passait pas.
 
Imagineria : Auriez-vous d'autres conseils à donner aux jeunes auteurs qui se lancent dans l'écriture d'un roman ?
Vanessa du Frat : Lire d'autres auteurs. Parfois, quand je vois sur des forums que certains "détestent lire" et ne lisent "pas du tout" et écrivent leur roman (bien souvent une super saga épique de fantasy en huit tomes au moins) sans avoir ouvert un seul livre, je crains le résultat.
Je pense qu'il faut savoir écouter et accepter les critiques. Notre roman est toujours notre bébé et il est très difficile d'avoir des avis négatifs sur quelque chose qui nous tient autant à cœur, mais c'est nécessaire.
Il faut aussi qu'ils soient conscients qu'aujourd'hui, tout le monde écrit son roman. Et l'édition est un domaine impitoyable : beaucoup d'appelés et peu d'élus. Si leur seul objectif est la publication, qu'ils arrêtent tout de suite. A mon avis, on doit d'abord écrire par plaisir, par passion, par envie de faire partager ses histoires aux autres. Si on ne peut obtenir de la satisfaction que grâce à une publication à compte d'éditeur, c'est le moment de changer de hobby.
Mais bon, pour finir sur une note moins pessimiste, je pense que l'important, c'est de suivre ses envies et de se faire plaisir.
 
Imagineria : Pourquoi avoir choisi de mettre ce roman en ligne et de l'offrir gratuitement ? N'avez-vous jamais songé à l'envoyer à des maisons d'édition ? Voir à vous auto éditer ?
Vanessa du Frat : A l'époque de la création du site (janvier 2003) j'étais en panne sèche sur ce roman, que j'avais plus ou moins abandonné depuis un petit moment. J'en avais commencé et terminé un autre entre temps, et je ne me voyais pas revenir une fois de plus sur cette histoire, qui ne me satisfaisait jamais entièrement.
J'avais envie de m'amuser un peu à apprendre le webdesign et mettre ce vieux roman qui traînait dans un tiroir sur internet me paraissait une bonne idée. Trois copines avaient décidé de faire de même, et nous tournions avec nos mêmes dix ou quinze lecteurs. Les autres ont abandonné les unes après les autres (et c'est dommage, parce que les trois romans étaient d'excellente qualité), mais j'ai continué.
Puis, après avoir changé deux ou trois fois de design, après avoir diffusé l'intégralité de l'ancien premier tome, ainsi que les premiers chapitres du roman parallèle aux Enfants de l'Ô que j'écrivais alors, j'ai fini par terminer mes études, et dès que le point final sur mon travail de master a été mis, j'ai écrit la nouvelle version du premier tome, que j'ai commencé à diffuser chapitre par chapitre sur le site (janvier 2006).
Bizarrement, j'ai eu beaucoup plus de lecteurs avec cette version qu'avec l'ancienne (écrite à l'âge de 16 ans).
Pour ce qui est d'envoyer le roman à une maison d'édition, j'ai un avis mitigé à ce sujet. Des amis auteurs ou éditeurs me poussent à le faire, mais je reste réaliste : Les Enfants de l'Ô est un roman de SF (donc, pas à la mode), dans lequel la SF est  davantage évoquée que véritablement présente. C'est une saga familiale en beaucoup de tomes, et même si ça marche bien aux USA, en France les éditeurs préfèrent les romans plus courts. Et je les comprends parfaitement : les gens ne lisent plus beaucoup, ont de moins en moins de temps, alors pourquoi prendre le risque de publier une saga familiale d'un genre qui n'est pas du tout à la mode et a tendance à faire fuir, plutôt que la biographie romancée d'une jeune femme musulmane violée, battue puis brûlée au troisième degré par ses frères.
L'autoédition, c'est ma prévision pour ce roman. Mais il s'agira d'une véritable autoédition, pas d'un envoi à Lulu.com ou à Thebookedition.com.
 
Imagineria : Deux tomes des Enfants de l'Ô sont disponibles sur le site Alexandrie Online. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce site et pourquoi vous avez choisi d'y présenter vos romans. Qu'est ce que cela vous apporte de plus que votre propre site internet ?
Vanessa du Frat : Alexandrie Online, c'est toute une histoire :) Il y a plusieurs années, j'avais eu l'idée avec un autre écrivain de réunir plusieurs écrivains "du net" dans un site communautaire, où le lecteur pourrait trouver des romans en ligne de qualité. Mais voilà, quand tout le monde met son grain de sel dans un projet en gestation, ça n'avance pas. Et quand je me suis rendu compte que tout le boulot serait pour ma pomme, j'ai laissé tomber le projet. Et il y avait également une autre raison : j'ai rencontré un des membres du site Alexandrie Online, qui m'a poussée à m'y inscrire. Ce que j'ai fait. Et j'ai découvert que Pascal, le directeur d'A.O., avait fait très exactement ce que je prévoyais pour mon projet communautaire. Et surtout, qu'il l'avait fait bien mieux que tout ce que j'aurais pu faire moi-même. Le site A.O. est présent depuis huit ans sur le net et regorge d'ouvrages de qualité. Je m'y suis donc inscrite et j'y ai mis mon roman en lecture libre (mais vous pourrez le trouver également sur d'autres sites proposant des pdf en téléchargement gratuit).
J'ai eu la chance d'être sélectionnée pour le prix du roman Alexandrie 2008, puis de remporter ce prix. La motivation de mes lecteurs m'a vraiment touchée.
Le site Alexandrie, de par son excellente réputation, m'apporte des lecteurs que mon site ne m'aurait peut-être pas apporté. Les habitués d'Alexandrie font confiance au choix des ouvrages présentés et savent qu'un tri est effectué parmi les manuscrits proposés. Sur internet, en revanche, on trouve de tout, et malheureusement, les "mauvais" romans en ligne sont plus fréquents que les bons.

Imagineria : Je vous remercie pour vos réponses.

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