Vous savez sans doute tous ce qu'est un prologue : quelques pages qu'on met au début de son roman histoire de capter immédiatement l'intérêt du lecteur.

Mais saviez-vous que c'était aussi un fossoyeur de vocations d'écrivains ? Et oui, bon nombre d'auteurs commencent leur œuvre en se lançant dans l'écriture du prologue. Commencer par le début semble somme toute assez logique. Il faut qu'il soit parfait (comprenez bien que si c'est mal écrit, le manuscrit dans son ensemble risque fort de se retrouver dans une corbeille à papier, avant de finir en papier recyclé, paix à son âme...). Il sera réécrit deux, cinq, dix fois... Et quelques semaines plus tard, après l'avoir décortiqué, trituré, métamorphosé en un chef d'œuvre stylistique, vous vous rendez compte que vous n'avez écrit que 5 pages d'une roman qui devra en faire deux cent.

Le coup de couteau dans le dos. Ça fait mal, non ? Certaines vocation (les plus fragiles, sans doute) n'y survivent pas. Et si vous êtes persévérant et que vous écrivez le reste, pour peu que vous soyez parti un peu à l'aveuglette (je le déconseille), ou que le plan ait changé en cours de route (ça peut arriver), vous vous rendrez compte que votre superbe prologue n'apporte finalement rien de plus au roman. Comme vous le savez à présent, en auteur légèrement expérimenté, tout texte se réécrit plusieurs fois, mais c'est dommage d'avoir perdu du temps.

Le conseil de ce billet sera donc de n'écrire le prologue qu'à la fin. La première raison, c'est que le prologue n'est pas obligatoire. Vous pouvez très bien vous en passer. Quand le reste du roman sera écrit, il sera toujours temps de vous demander si vous voulez y ajouter un prologue ou non. Et la seconde, vous l'aurez compris, c'est que pour faire un prologue efficace, parfaitement intégré, il vaut mieux déjà savoir ce qui va suivre.

Si vous pensez que vous ne pourrez pas vous passer de prologue pour votre manuscrit, commencez par bannir la longue et pénible description de l'histoire et de la géographie de votre monde. Vous ne réussirez qu'à endormir votre lecteur. Choisissez plutôt une scène où il se passe quelque chose capable d'éveiller l'intérêt. Un moment clé, pivot, essentiel pour l'histoire. A la fin de votre prologue, le lecteur doit se poser au minium ces deux questions :
- Comment en est-on arrivé là ?
- Qu'est ce qu'il va se passer ?

C'est en lisant L'Etoile de Pandorre de Peter F. Hamilton, qui j'ai eu l'idée d'écrire cet article. En quelques pages, l'auteur décrit l'acte originel qui a lancé l'âge d'or de l'humanité, en guidant le lecteur jusqu'à une scène qui explique à elle seule le bon technologique énorme qui vont faire les hommes. Ce sera le socle d'une histoire qui démarrera plusieurs siècles plus tard. N'hésitez donc pas à vous plonger dans des prologues, en notant ce qui vous semble faire mouche, ce qui vous semble lourd et inutile. C''est en comprenant ce qui vous a plu en tant que lecteur que vous progresserez en tant qu'auteur.