"Bonjour, j'ai 14 ans, et je suis en train d'écrire un roman ! (Déjà, je suis impressionné par cette simple phrase. A cet âge-là, je ne pensais qu'à soulever les T -Shirt des filles... Voyons la suite...). J'ai déjà écrit au moins 20 pages (mince alors, il ne lui reste plus qu'à en écrire dix fois plus, autant dire que c'est comme si c'était fait.) Par contre, j'ai un problème (ah ?) : c'est l'histoire d'un garçon vampire et d'une fille humaine, qui sont dans une école de magie, et qui tombent amoureux (ça me dit quelque chose...). Comme ils ne peuvent pas s'aimer, ils vont s'allier pour se battre contre le Mal (avec une majuscule parce que ça fait plus sérieux). Je me suis inspiré de Twiligth et Harry Potter (Je me disais aussi...), mais bon je les ai mélangés (original, ça, personne n'a du y penser avant), alors je me demande si ça posera des problème de plagiat quand j'enverrais mon roman à des maisons d'édition pour le faire publier (meuh non, voyons, ils y verront que du feu dans les comités de lecture). Et puis je voulais savoir aussi si à mon âge on pouvait publier un roman (S'il n'a que 20 pages, ça va être chaud, et d'ici à ce qu'il soit fini, t'auras ptêt tes 18 ans). Et tant qu'à faire, si vous pouviez me dire à quel éditeur je pourrais l'envoyer et ce que je dois joindre avec (un gros chèque, ça marche à tous les coups)."

Là, vous vous dites que je vais tomber dans la facilité et critiquer l'optimisme à toute épreuve des plus jeunes. Et bien non ! Je souhaitais plutôt faire réfléchir à ce qu'on pouvait bien répondre pour apporter une aide réelle au jeune auteur. Du haut de notre expérience d'ainés, nous pouvons bien sur se lancer dans une grande explication sur l'originalité d'un texte, qu'il vaut mieux avoir ses propres idées que copier celles des autres, qu'à la limite il vaudrait mieux transformer cette histoire d'amour en une parodie. En gros, pour faire plus court, que ça ne vaut rien et qu'il faut tout recommencer. Toutes ces explications sont tout à fait justifiées, mais est-ce qu'elles vont réellement apporter quelque chose à un auteur aussi jeune ?

Mettons-nous à sa place. Il se découvre une passion pour l'écriture. Et il va tomber dans ce qu'on peut prendre pour la facilité : il va se baser sur ce qu'il connaît déjà et qui lui a plu, qui l'a fait rêver. Sauf qu'à 14 ans, écrire c'est tout sauf la facilité, quelque soit le thème choisi. Lui conseiller de tout changer, c'est le décourager et le pousser à abandonner. A cet âge-là, ne vaut-il pas mieux, pour commencer, l'encourager à écrire, tout simplement ?

Bien entendu, cela n'empêche pas de lui expliquer qu'avant de penser à la publication il faudra déjà qu'il finisse son livre, qu'il le corrige. Que ça va prendre du temps. Cela n'empêche pas non plus de lui expliquer qu'il n'a que peu de chances d'être édité à son âge. Et de lui rappeler fermement que si on le demande de payer pour être publié, c'est qu'il est en train de se faire rouler. Et, pourquoi pas, lui donner des conseils pour s'améliorer.

Mais cela ne doit pas cacher le conseil le plus important : pour écrire un jour un bon roman, il faut déjà commencer par écrire. Écrire beaucoup et régulièrement, pour s'améliorer. Ce premier roman sera sans doute mauvais, et ça n'a rien d'étonnant. Mais il lui aura au moins permis d'écrire, voir d'y prendre goût. Les idées originales viendront sans doute plus tard.

Alors vous qui êtes un jeune auteur, ne vous laissez pas abattre par des remarques acerbes sur votre manque d'imagination, mais écrivez. Écrivez pour votre propre plaisir. Apprivoisez les difficultés de cette passion. Et quand vous posez votre stylo, prenez en main un bouquin et lisez. Laissez-vous imprégner des idées et du style des autres. Et si le bouquin vous plaît demandez-vous pourquoi. D'ici quelques années, vous trouverez sans doute que votre premier manuscrit était nul. Mais c'est comme quand on fabrique sa première dague. On passe des heures  à taper dessus pour se retrouver avec un bout de ferraille tout tordu dont on est tout fier, et que personne ne voudra vous acheter. Et au bout de quelques années, on fait des épées à deux mains, stylisées, qui tranchent comme des rasoirs. D'où l'expression : c'est en écrivant qu'on devient écrivaillon, ou un truc du genre.