Après avoir traité les point de vue externe et interne, nous voilà au troisième, et dernier : le point de vue omniscient. Comme son nom l'indique, dans ce cas-là, le narrateur est considéré omniscient, c'est-à-dire qu'il sait absolument tout. Il n'existe donc rien qu'il ne peut dévoiler au lecteur, qui se retrouve dans une position d'observation parfaite. Avec ce point de vue, le narrateur est en mesure d'expliquer ce qui se passe en divers lieu en même temps, de retourner dans le passé, de donner des indications sur le futur, de présenter les réflexions de chaque personnage.

Exemple : Le chevalier Sanpeur mourait de chaud sous son armure. Il rêvait d'une table d'auberge, et d'une bonne chope de bière. Comme à son habitude, il avait détalé comme un lapin d'un champ de bataille dès que le Roi Gropif avait eu le dos tourné. Le Roi passait son temps à faire la guerre à ses voisins, pendant que son plus fidèle chevalier détalait à la vue de la moindre escarmouche. Plus occupé à regarder derrière son épaule qu'à vérifier où le menait son cheval, Sanpeur s'enfonça dans une forêt où il se perdit. Après avoir tourné en rond pendant des heures sans même s'en rendre compte, il finit par réussir à en sortir. C'est à ce moment-là qu'il vit le corps de Crameur, un dragon plusieurs fois centenaire, qui s'était éteint paisiblement la veille. La terreur qui frappa le chevalier fut tellement soudaine qu'il perdit totalement la raison. Au lieu de fuir (la Stratégie Ultime de Sanpeur, qu'il maitrisait parfaitement), il sortit son épée et se précipita sur le dragon mort en criant : "Je vais te tuer, serpent" et en hurlant comme un fou. Il réussit de justesse à planter son épée dans la gorge du cadavre.
Pas assez malin pour se rendre compte qu'il n'avait fait que planter son épée dans un tas de viande, le chevalier se félicita d'avoir abattu un adversaire digne de lui et se dit que la tête du monstre décorerait superbement sa salle de banquet. Cela lui vaudra une semaine de balade champêtre dans la région avec une équipe d'équarrisseurs à tourner autour du lieu de son exploit sans jamais réussir à le retrouver...

Comme vous pouvez le constater, le narrateur connaît tous les détails et il peut donc les expliquer en toute clarté au lecteur. Dans cette dernière version, on comprends de quel bois est réellement fait le chevalier et on se rend compte à quel point le fameux combat contre le dragon est une mascarade. Le contexte a pu être expliqué et le narrateur a même pu se permettre d'expliquer ce qui arrivera dans un futur proche.

Le point faible de ce point de vue c'est que le lecteur se voit imposer la vision du narrateur, avec tous les détails nécessaires pour le justifier. On peut difficilement lui faire croire qu'un personnage lâche et pas malin est un héros. Le doute n'existe plus. Si vous voulez créer une atmosphère opaque, qui embrouille totalement le lecteur, il vaut sans doute mieux utiliser un point de vue interne.

Le point fort du point de vue omniscient, c'est que vous pouvez tout expliquer au lecteur. Et dans un roman de fantasy, vous risquez d'avoir souvent besoin de donner des explications. De plus, ce point de vue vous permet d'aller en différents endroits, et de présenter des intrigues complexes aux nombreuses ramifications.

Comment choisir quel point de vue utiliser ?
Maintenant que vous savez à quoi correspondent les points de vue, il ne reste qu'à choisir lequel utiliser. Pour commencer, je vous conseillerais d'écrire quelques pages "comme ça vient", puis de les analyser pour voir quel point de vue vous utilisez naturellement. Dans un roman, vous pouvez choisir d'utiliser plusieurs points de vue, mais je vous déconseille d'en changer sans arrêt. Par exemple, pour décrire une grande bataille vue de l'extérieur, vous pourrez utiliser le point de vue externe, si vous commencez vos chapitres par des passages extraits du journal intime d'un de vos héros, vous serez en point de vue interne, et le corps du roman peut être en point de vue omniscient.

Pour résumer le tout, imaginez une caméra qui filme une scène.
Pour le point de vue externe, la caméra est posée au sol, devant les intervenants. Elle filme ce qu'elle a devant elle, sans commentaires => Tout est écrit à la troisième personne (il)
Pour le point de vue interne, la caméra est dans la tête d'un des personnages. En plus de filmer tout ce qu'il voit, elle enregistre tout ce qu'il pense => Le texte peut être écrit à la première ou à la troisième personne (je ou il)
Pour le point de vue omniscient, la caméra est dans le ciel, très haut, sur la tête d'un dieu. Elle enregistre tout ce qu'il passe, partout => Tout est écrit à la troisième personne (il)



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Pour aller plus loin sur ce thème :

Personnages et Points de Vue d'Orson Scott Card

Après son livre Comment Ecrire de la Fantasy et de la Science-Fiction , Orson Scott Card traite dans ce deuxième ouvrage de la création des personnages, mais reprend aussi les différentes utilisation des points de vue dans les nouvelles et les romans.