Après une longue période de pause, le blog revient avec de nouveaux articles. Et le premier d'entre eux est une interview de Cécile Duquenne, auteur d'Entrechats. Comme vous le constaterez, ce roman aurait du être publié aux Editions de l'Olibrius Celeste cette année, mais cette maison a malheureusement fermé entretemps. L'interview n'en garde pas moins tout son intérêt, Cécile ayant pris la peine d'expliciter en détail ses propres méthodes d'écriture et de donner des conseils particulièrement intéressants, et je vous encourage à la lire attentivement.


Imagineria : Pour commencer, toutes mes félicitations pour avoir été choisie par les éditions de l'Olibrius Céleste. Pouvez-vous nous présenter votre roman en quelques lignes ?
Cécile Duquenne : Pour commencer moi aussi, je tiens à vous remercier pour vos félicitations et l’intérêt que vous portez à mon travail comme à l’Olibrius Céleste ! Présenter Entrechats n’est pas chose facile, car c’est un roman d’urban fantasy écrit à la manière d’un polar, réunissant les ingrédients des deux genres au sein d’un univers qui pourrait être l’Egypte de nos jours si la magie avait existé et influencé leur existence. Il n’y a aucun résumé définitif pour l’instant.

Imagineria : Beaucoup de jeunes auteurs rêvent d'être à votre place et seraient heureux d'avoir quelques conseils qui leur permettraient en premier lieu d'achever leur roman puis d'accrocher un éditeur. En auriez-vous quelques-uns à leur donner ?
Cécile Duquenne : S’accrocher ! (rires) Ecrire, beaucoup, souvent, de tout, en sachant se remettre en question et s’ouvrir aux autres. Sans oublier qu’il ne faut jamais considérer un échec comme la fin de l’écriture, ne faites pas cette erreur. Il faut s’acharner pour terminer un roman, et s’acharner ensuite pour le corriger, et s’acharner encore pour trouver un éditeur. L’acharnement permet de se dépasser, d’aller aux delà de ses limites et de s’améliorer. Et, un jour, on se rend compte qu’on a dépassé le stade de « l’écriture ingrate » (vous savez, celle où nos proches pouffent tout en demandant "Alors, comment va Legolas ?"), et que notre production commence à attirer du monde, éditeurs compris… Pas de recette miracle, donc. Écrire un roman et le publier dépend du roman, de l’éditeur, du planning éditorial de celui-ci, de la conjoncture économique – peut-être même de la position des planètes ! – mais avant tout et en majorité de l’auteur et du travail d’écriture qu’il aura effectué en amont.

Imagineria : Combien de temps avez-vous mis pour écrire votre manuscrit ? Et combien pour le corriger ?
Cécile Duquenne : Un temps fou ! Le premier jet ne m’a pris qu’un mois, mais il a subi trois ans de corrections et réécritures successives, sans compter la correction éditoriale qui est en cours…

Imagineria : En général, je demande aux auteurs s'ils ont fait un plan et des fiches de personnages avant de se lancer, mais j'ai lu que vous l'aviez écris pendant le NaNoWriMo. Autant dire que vous avez du écrire comme ça venait. N'avez-vous pas eu de gros problèmes de cohérences dans votre manuscrit ? Comment avez-vous fait pour le finaliser et pouvoir le présenter à une maison d'édition ?
Cécile Duquenne : Et non… ;) J’ai bel et bien fait des fiches de personnages, et même ce que j’appelle des synopsis à multiples points de vue ! Entrechats étant un polar, j’avais trois camps, et j’ai rédigé un synopsis complet par personnage principal avec découpage temporel et éléments connus et non connus par le personnage en question. J’ai fait ça au dernier moment, trois jours avant le top départ du NaNoWriMo, mais j’ai soigné mon intrigue. Enfin, il est vrai que même avec des fiches et un maximum de préparation, un roman écrit en un mois est, au sortir du challenge, illisible par un autre que son auteur. (rires)
Entre ce 1er Novembre 2005 et aujourd’hui, l’intrigue est restée la même. Seule la maturité de l’écriture et la manière d’amener les choses ont changé. Les corrections successives ont servi à modifier, améliorer et aplanir tout cela. Elles ont également participé à étoffer l’univers, à lui trouver un contexte sociopolitique viable qui pouvait donner de grands enjeux à l’intrigue principale. Si je n’avais pas corrigé plusieurs fois mon manuscrit, je ne pense pas qu’il aurait trouvé un éditeur. Je vous l’avais dit : a-char-ne-ment ! ;)

Imagineria : Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour ou par semaine ?
Cécile Duquenne : C’est très variable, je passe d’ailleurs des périodes très longues sans écrire une seule ligne, périodes auxquelles moi-même et ma santé mentale ne survivrions pas si je ne me permettais pas de noter les idées et les répliques qui me viennent dans un petit carnet. Néanmoins, quand j’ai le temps, il m’arrive de passer plusieurs journées d’affilée sur un seul texte, ou plusieurs. Bref, c’est tout ou rien selon les périodes.

Imagineria : L'inspiration vous vient-elle facilement ? Avez-vous des techniques pour éviter le syndrome de la page blanche ?
Cécile Duquenne : J’ai la chance d’avoir très facilement des idées, aussi je n’en suis jamais à court. En ce qui concerne la page blanche, c’est plus délicat. Généralement, je prends mon petit carnet, accessoire indispensable à mes séances d’écriture, une théière pleine de thé et des petits gâteaux, et je reste devant ma page jusqu’à dépasser le blocage. Très souvent, j’ai les idées, je sais ce que je veux dire, mais pas de quelle manière commencer. Une fois le premier paragraphe écrit, j’aligne les signes, même si c’est mauvais. Les corrections amélioreront le texte ! Il faut avouer que le NaNoWriMo n’est pas étranger à cette façon de procéder : écrire coûte que coûte, ne pas prendre de retard, tenir ses quotas quotidiens… ça m’a beaucoup servi.

Imagineria : Vous êtes-vous plongée dans un de ces nombreux livres donnant des conseils aux auteurs ? Si oui, lesquels et que vous ont-ils apporté ?
Cécile Duquenne : Des livres, non, mais un site web, oui ! Je ne peux citer que l’excellent www.derniermot.net où vous trouverez des conseils qui ne vous donneront jamais l’impression d’être le dernier des crétins « parce qu’il faut faire comme-ci, comme-ça ». Au contraire, ils vous pousseront à forger votre propre méthode, de façon à ce que vous soyez le plus efficace possible. Il s’agit d’articles écrit par des écrivains anglais et américains, traduits par des auteurs français. C’est vraiment enrichissant, et ça véhicule une autre idée de l’écriture. Alors qu’en France l’écriture est un art et que « l’art ça ne s’apprend pas ! », les anglo-saxons ont une approche pratique de la chose, que j’avoue largement préférer.

Imagineria : Avez-vous déjà utilisé des logiciels d'aide à l'écriture ? Pensez-vous qu'ils peuvent apporter quelque chose aux jeunes auteurs ?
Cécile Duquenne : J’en ai essayé un qui m’a tellement marqué que j’en ai oublié le nom… le souvenir que j’en garde est assez négatif : pas très pratique, et pas en phase avec mes méthodes. Bien sûr, je ne réduis pas les logiciels d’écriture à ce seul essai. Peut-être celui que j’ai testé était tout simplement mauvais. ^^ Je serai donc bien en peine de vous dire s’ils peuvent apporter quelque chose aux jeunes – et moins jeunes – auteurs…

Imagineria : Vous avez choisi d'écrire dans un univers imprégné des mythes égyptien. Avez-vous eu à fournir un travail de documentation important ?
Cécile Duquenne : Oui, c’est le revers de la médaille… J’ai beau être passionnée par cet univers, les traditions, les mythes, les légendes, je suis loin d’être une spécialiste ! J’ai donc dû tout vérifier, croiser les sources et redoubler de vigilance. Ce n’est pas un roman historique, toutefois j’espère ne pas être passée à côté de certains aspects importants de la mythologie égyptienne.

Imagineria : La question la plus ardue : pouvez-vous nous dire comment vous avez réussi à décrocher un contrat avec cette maison d'édition ? Qu'est-ce qui d'après vous a fait la différence avec les tonnes de manuscrits qu'ils doivent recevoir ?
Cécile Duquenne : La réponse la plus facile : aucune idée ! ^^ Comme dit plus haut, et au risque de me répéter, je crois que c’est parce que je me suis acharnée. Le roman a donc gagné en qualité, côté fond et forme. De plus, j’ai soigné la mise en page et l’orthographe de mon manuscrit, pour que le tout soit aéré et agréable à lire, choses que les auteurs jugent inutiles – au contraire, votre attention quant à ces « détails » montre votre intérêt pour le confort du lecteur, ce qui est loin d’être anodin…

Imagineria : Avez-vous envoyé un synopsis avec votre manuscrit ? Avez-vous des conseils à donner à ceux qui se demandent ce qu'ils vont bien pouvoir mettre dedans ?
Cécile Duquenne : Oui, toujours. Et lors des premiers envois – et premiers refus – ce fut un véritable carnage… Dans leurs lettres, les éditeurs m’ont donné plusieurs conseils que j’ai appliqués à la lettre. Un synopsis ne doit contenir aucune sorte de suspens : ce n’est ni un résumé partiel ni une quatrième de couverture. Il doit être rédigé de manière la plus claire possible, dans un ordre chronologique de manière à ce que les enjeux soient immédiatement perçus, et ne contenir que l’essentiel. En fait, vous devez mettre en valeur la logique de votre intrigue, les effets de cause à conséquence, les effets de miroir, le tout sans vous embrouiller, ce qui n’est pas facile ! Pour ma part, j’ai fonctionné chapitre par chapitre, en ajoutant un récapitulatif des personnages, de leur camp, leur motivation et de leur rôle. En bref : personnages, intrigue, causes, enjeux, conséquences, le tout sans aucune sorte de mise en scène de votre part.

Imagineria : Merci pour ces précieux conseils ! Parlons de la maison d'édition qui vous a fait confiance. Je souhaitais savoir comment vous avez découvert l'Olibrius Céleste et ce qui vous a poussée à travailler avec eux.
Cécile Duquenne : Lors de mes premières soumissions, l’Olibrius Céleste n’existait pas encore. Ce n’est qu’en Décembre 2007, peu avant leur première publication, que je me suis intéressée à leur structure. J’ai particulièrement apprécié leur ligne éditoriale, l’accueil de l’équipe en place sur le forum et la charte graphique du site et de leur première publication – le magnifique roman fantastique de Laure Eslère, Cavatines. Quand il faut soumettre par voie postale, j’hésite souvent (ah, les frais d’impression de manuscrit !), mais là tout se faisait par mail. Je n’ai donc pas hésité une seconde, et je n’ai pas non plus regretté un seule seconde depuis.

Imagineria : Pourriez-vous nous détailler la façon de travailler de cette maison d'édition avec un jeune auteur comme vous ?
Cécile Duquenne : En fait, cela marche un peu comme de la bêta-lecture : nous fonctionnons sur forum, avec un document par chapitre, et nous procédons par ordre de lecture. Je corrige les chapitres au fur et à mesure, je les mets en ligne. Gyl (l’assistante éditoriale) les commente dans le détail (fond et style), puis le texte fait la navette de l’une à l’autre jusqu’à ce que nous soyons d’accord sur tout. Raphaël, le directeur de la collection jeunesse, relit tous les chapitres et ajoute des commentaires quand il en ressent le besoin. Lui et Gyl les valident une fois que tout le monde est satisfait, et je dis bien tout le monde. C’est le point important que les auteurs oublient trop souvent quand ils veulent être publiés : après la signature du contrat, ce n’est plus seulement notre roman, notre bébé, mais aussi celui de l’éditeur car il s’engage avec vous à son succès. Lui aussi est un « accoucheur de textes » ! Cela ne veut pas dire répondre par l’affirmative à toutes les demandes de modification, il faut juste être conscient de cet état de fait pour que tout se passe pour le mieux et ne pas hésiter à argumenter afin de prendre la meilleure décision pour le roman et ses lecteurs, et qui n’est pas toujours la nôtre… ;) Ainsi, dans mon cas, tout se passe par internet, ce qui nous permet de communiquer rapidement et de nous mettre au travail dès que nous avons un instant de libre. C’est très pratique, rapide, et efficace. De plus, tout est transparent, et nous gardons trace de tous les échanges… du coup, les messages servent aussi de mémoire en ligne quand nous oublions un détail ! (rires)

Imagineria : J'ai pu voir sur votre blog que vous étiez encore en train de corriger votre roman. Ca a l'air de représenter un travail énorme. Combien de temps la correction avez-vous du consacrer à la correction de ce manuscrit, après qu'il ait été accepté par votre maison d'édition ?
Cécile Duquenne : Le travail d’édition sur un roman peut être minime mais, dans mon cas, il a fallu faire d’Entrechats un ouvrage complètement jeunesse. Lorsque j’ai soumis à l’Olibrius Céleste, il était tout comme moi : plus du tout adolescent mais pas encore adulte. Forcément, même si le roman est resté le même, il a fallu changer la manière d’aborder certains thèmes propres au roman sans simplifier, car ce n’était pas du tout le but. Trouver la manière de corriger en ce sens m’a pris du temps, j’avoue. On m’a donné carte blanche pour corriger seule au début, ce que j’ai fait pendant un mois, puis l’équipe m’a pris sous son aile dès Septembre 2008. Il y a quelques jours, nous avons terminé cette deuxième phase de correction, et avons entamé une correction supplémentaire pour lisser les changements… et ça avance bien ! J’ai signé en Mars 2008 mais la correction n’a vraiment commencé que l’été dernier… je vous laisse calculer. ;)

Imagineria : Avant de l'envoyer chez l'Olibrius Céleste, je suppose que vous avez fait corriger votre manuscrit par de tierces personnes. Pouvez vous nous expliquer vers qui vous vous êtes tournée et ce que vous attendez d'une critique de vos textes ?
Cécile Duquenne : Ma meilleure amie a lu le roman en même temps que je l’écrivais, et elle est impitoyable. Dès que je jugeais mes scènes abouties, je les lui présentais, et donc tout est passé par le prisme de sa lecture. Je la remercie encore de sa patience ! Par la suite j’ai recorrigé le roman seule, puis, pour être sûre de ne rien oublier, j’ai passé une annonce sur mon blog privé. Quatre personnes se sont proposées pour lire et rendre une fiche de lecture. Afin de ne rien oublier et de leur faciliter la tâche, j’ai inséré une suite de questions à la fin du roman, histoire d’être sûre que les informations principales étaient compréhensibles, que les mystères étaient tous résolus, et aussi de savoir quels personnages ils avaient aimé, quels passages, etc.

Imagineria : Êtes-vous bien accompagnée dans la démarche de publication ?
Cécile Duquenne : Oui, Internet permet un suivi précis des évolutions de mon manuscrit, et l’Olibrius Céleste est une maison d’édition très proche de ses auteurs, extrêmement à l’écoute et toujours ouverte au dialogue. Grâce à leur suivi, cette première expérience de l’édition se déroule au mieux pour moi.

Imagineria : L'Olibrius Céleste est une petite maison d'édition. Conseillez-vous aux jeunes auteurs qui fréquentent ce blog d'envoyer de leur envoyer leur manuscrit ou vaut-il mieux, de votre point de vue, viser une maison d'édition plus importante ?
Cécile Duquenne : Selon moi, la taille de ladite maison ne doit pas être un critère quand on débute : nous ne sommes pas connus, personne ne viendra nous chercher ! Je trouve le fait d’envoyer seulement aux grandes ou aux petites maisons d’édition trop réducteur. Il faut soumettre partout afin de multiplier les chances d’être publié. Par « partout », j’entends : 1) les maisons d’édition ne faisant pas du compte d’auteur déguisé, où vous payez des frais exorbitants pour tout et rien, et, 2) celles dont la ligne éditoriale correspond à votre manuscrit.

Imagineria : En parcourant votre blog, j'ai constaté que votre roman devait sortir fin 2008, mais il est toujours en correction. Avez-vous une nouvelle date de sortie prévue ?
Cécile Duquenne : Aucune de plus précise que « courant 2009 » pour l’instant, mais promis je vous tiens au courant. ^^

Imagineria : Merci pour ces réponses !
Cécile Duquenne : Merci pour ces questions et l’intérêt que vous portez à Entrechats et l’Olibrius Céleste !


Pour en savoir plus sur cet auteur, je vous conseille d'aller sur son blog.