Ecrire un roman d'heroic fantasy

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Le Monde de Kordyl

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lundi, août 25 2008

La fuite

Lorsqu'une main se posa sur sa bouche, Kerl ouvrit immédiatement les yeux. Dans la pénombre il reconnut le visage d'Erwan, penché sur lui, un index sur la bouche pour lui intimer le silence. Kerl acquiesca et Erwan le lâcha, lui montrant une silhouette au fond de la chambre. Erwan dit à voix basse :
"Je l'ai délivrée"
La silhouette s'avança d'un pas, et Kerl vit la jeune rouquine, toujours nue, avec un poignard en main. Kerl se maudit d'avoir sous estimé Erwan. Il aurait du se douter que le jeune homme se précipiterait au secours de cette femme. Il était suffisamment stupide pour le tenter et assez habile pour réussir. Par contre, pour une fois, Erwan ne semblait pas particulièrement fier de ce qu'il avait fait, ce qui intrigua Kerl. Mais ils n'avaient pas le temps d'en discuter. L'évasion de la jeune femme risquait d'être rapidement découverte. Les explications attendraient.
Fouillant dans l'un des sacs de selle, il en sortit des vêtements et une paire de bottes et les tendit à Sylma en disant : -Avec ça, vous aurez moins de mal à passer inaperçue." Puis, s'assurant d'un regard que la jeune femme s'habillait, il ouvrit doucement la porte de la chambre, pour s'assurer que tout était calme. Rien ne bougeait dans le couloir et l'escalier. Il fit signe à ses deux compagnons et les guida jusqu'à l'escalier qui menait directement à l'écurie.
Celle ci semblait déserte. Plusieurs lampes à pétroles l'éclairaient d'une lumière diffuse. Les effluves de crottin de cheval se mêlaient aux odeurs de fin frais de cuirs de sellerie. Kerl courut de box en box, et en sortit les trois montures qui lui semblaient les plus en forme.
Il commença à les seller avec Erwan, pendant que Sylma montait la garde à coté des escaliers qui menaient à l'auberge. Ils en avaient fini lorsqu'ils entendirent des pas dans l'escalier. Le jeune palefrenier édenté entra, tenant en main une bouteille de Krall. Il eut le temps d'écarquiller les yeux en voyant deux hommes tenant des chevaux par la main, et d'ébaucher un sourire en reconnaissant celui qui lui avait donné un généreux pourboire. Ensuite, Sylma lui plaqua la main sur la bouche, puis lui trancha la gorge. Elle le laissa glisser au sol et nettoya son poignard sur sa chemise, avant de monter à cheval.
S'en était trop pour Erwan, qui se pencha pour vomir. Kerl, lui, ne sourcilla même pas et alla ouvrir la double porte qui donnait sur la rue. Puis, il alla décrocher une des lampes à pétrole, et la lança sur une de balles de foin où elle se brisa. La paille prit feu instantanément et une fumée épaisse se dégagea dans l'écurie. Les chevaux, affolés, se mirent à hennir. Montant sur son cheval, il dit :
"D'ici quelques minutes, tout le village va être réveillé. Tâchons d'avoir disparus avant."
Talonnant sa monture, il la mit au galop, suivi de Sylma et d'Erwan. Ils traversèrent les rues du hameau en quelques minutes, puis prirent la direction de l'est. Poussant son cheval pour ne pas se faire distancer par les deux autres, Erwan se laissait guider. Un désagréable goût de bile en bouche, il essayait de comprendre comment la situation avait pu dégénérer à ce point. Rien ne s'était passé comme il l'avait prévu. Il n'arrivait pas à se séparer du visage du palefrenier froidement exécuté, et essayait désespérément de ne pas penser à ce qui était arrivé à l'aubergiste....

jeudi, août 21 2008

Le spectacle

Une heure plus tard, Erwan et Kerl se trouvaient dans la salle commune, attablés devant une assiette pleine de gruau et une cruche de cervoise. L'auberge était pleine à craquer et les deux hommes avaient eu du mal à trouver une table. La plupart des clients étaient là pour manger, comme eux, et trois tables servaient à des parties des dés. Pèlerins, marchands, soldats ou commerçants du village, tous semblaient s'être retrouvés dans cette auberge, qu'ils soient riches ou pauvres. Entre les conversations diverses , les exclamations de joie ou de déception des joueurs, et les clients qui appelaient l'aubergiste ou la serveuse, le brouhaha était tel qu'il était difficile de s'entendre. De nombreux clients montraient régulièrement le carré situé au milieu de la salle, de la tête ou du doigt, en s'esclaffant.
Erwan grommelait contre l'état de la chambre :
"Des balles de foin pourri pleines de poux en guide de lit, des rats pour nous tenir compagnie et l'odeur de la pisse des clients précédents pour parfum. Et le tout pour deux fois le prix de la meilleure chambre dans n'importe quelle auberge ! Bon sang, cet ivrogne se moque de nous !
- Oui, mais nous sommes sur la Voie. Nous n'avons guère le choix.
- Nous aurions mieux fait de choisir les buissons.
- Certainement pas. La Milice Noire s'assure que chaque voyageur utilise comme il se doit les services qui lui sont proposés par les commerçants. S'ils nous avaient découverts à la belle étoile le long de la Voie, ils nous auraient au minimum rossés, voir passés au fil de l'épée.
- Nous aurions pu nous éloigner quelque peu de la Voie."
Kerl prit une grosse bouchée de gruau, but une gorgé de cervoise, puis dit :
"Au moins, la nourriture est bonne, ici. Les abords de la Voie grouillent de détrousseurs qui attendent que des inconscients se mettent à leur disposition en dehors de la zone de contrôle de la Milice... Nous n'avons pas le choix, alors autant profiter de cette magnifique auberge et de la chambre luxueuse qu'elle nous offre."
Erwan grommela et allait rajouter quelque chose lorsque lorsque la porte de l'auberge s'ouvrit sur cinq hommes tout habillés de noir. Ils portaient chacun une épée sur la hanche, et une arbalète sur le dos, avec un carquois de carreaux. Alors que les clients faisaient comme s'ils ne les avaient pas vus et continuaient leur conversation, ils balayèrent la salle du regard, insistant quelques instants sur les visages inconnus. Ensuite, ils se rendirent au bar, où l'aubergiste leur offrit à chacun une choppe de cervoise. Tout en la buvant tranquillement, ils discutèrent avec l'aubergiste.
Kerl et Erwan étaient en train de finir leur repas lorsque les miliciens posèrent leurs choppes et quittèrent le bar. Quatre d'entre eux se placèrent aux coins du carré placé au centre la salle, et dégainèrent leur épée. La pointe posée au sol, leurs mains sur la garde, ils n'étaient pas menaçant mais le message était clair : personne ne s'approcherait du carré. Le cinquième milicien, lui, se plaça prêt de l'âtre et mit une flèche dans son arbalète. De quoi dissuader n'importe qui de faire le malin.
Erwan était inquiet, mais le visage de Kerl ne semblait trahir aucune émotion. Comme tous les autres clients, il regardait ce fameux carré rouge.
Quand les miliciens furent en place, l'aubergiste éleva la voix et tout le monde se tut pour l'écouter :
"Et voici arrivée l'heure des réjouissance !"
Il tira sur une corde, et tout à coup le tissu rouge tomba au sol et laissa apparaître une cage aux barreaux verticaux d'un pouce d'épaisseur. Quelle étrange idée de mettre une cage au milieu d'une auberge, se dit Erwan. Puis il vit ce qu'elle contenait, et retint une exclamation dégoutée.
La cage était jonchée de reste de nourriture, en partie pourrie, et dans le coin droit, d'un petit tas d'excréments. Ici et là étaient éparpillés des morceaux d'assiettes et de cruches. Et au centre se tenait une femme, totalement nue. Sa chevelure rousse était complètement emmêlée et ses mains étaient attachées derrière le dos. Le corps couvert de bleus, elle était debout, regardant les gens dans la salle avec haine.
L'aubergiste prit une longue lampée au goulot de bouteille de Krall, puis il reprit la parole :
"Les enchères sont ouvertes ! Les cinq mises les importantes auront le droit de profiter du corps de la Sauvageonne. comme vous pouvez le voir, elle a la chair ferme, et saura vous donner tout le plaisir que vous pourriez désirer. Et en plus, elle se défend comme une chatte sauvage, avec rage, ce qui ne fait qu'augmenter le plaisir, c'est ce pas ?
Des rires gras éclatèrent dans la salle, et l'aubergiste reprit :
"Alors, je vous écoute, qui démarre les enchères ?
- Dix pièces d'argent, lança une voix
- Vingt !
- Cinquante, dit un gros homme à la table située juste à coté de celle d'Erwan et de Kerl.
En voyant tout les pèlerins se lever et rejoindre l'escalier pour monter à la chambre, Erwan, dégoutée par la scène, voulu faire de même, mais Kerl lui pris le bras et le retint :
"Les soldats raffolent de ce genre de divertissement. Tâche de t'en souvenir. Regarde et fait semblant d'apprécier.
- C'est dégoutant.
- Tu verras bien pire dans ta vie."
Les enchères montaient à des sommes extravagantes, poussées par les marchands aux poches pleines qui étaient dans la salle.
Elles ne s'arrêtèrent que lorsque l'un deux proposa une pièce d'or. Une telle somme permettait à un paysan de vivre pendant plus d'un mois. L'aubergiste se frotta la main et se rendit à la table de l'heureux gagnant avec un bâton noueux dans la main. Le marchand était petit et adipeux. Chauve et rougeaud, il transpirait énormément et ses yeux humides brillaient de convoitise lorsqu'il regardait la jeune femme dans la cage. Lorsqu'il sortit la pièce d'or d'une de ses poches, l'aubergiste lui tendit le bâton et lui dit :
"Prenez garde à vous et n'hésitez pas à vous servir de ça !"
Le marchand prit le bâton, se leva et entra dans la cage d'un pas lourd. Tout ses muscles tendus, la jeune femme attendit qu'il soit suffisamment proche d'elle, puis lança sa jambe en direction de son visage. Il n'eut que le temps d'ouvrir sa bouche de surprise avant d'être cueilli au menton par le pied de la prisonnière. Il se retrouva sur le dos, assommé et la mâchoire cassée. La rouquine en profita pour le bourrer de coups de pieds tandis que la salle s'esclaffait, se moquant de ce premier client incapable de violer une femme qui avait les mains attachées dans le dos. Deux miliciens entrèrent dans la cage, repoussèrent la femme en la menaçant de leur épée, et trainèrent le marchand jusqu'à l'entrée de l'auberge. Là, il le jetèrent dehors sans ménagement. Ceux qui partageaient sa table ne semblaient guère se préoccuper de son sort, bien plus intéressés par ce qui allait se passer en suite.
Le deuxième client avait payé 500 pièces d'argent. Le crâne rasé, les traits durs, ses bras aux muscles saillants se finissaient sur des mains ressemblant à des battoirs. Après avoir payé l'aubergiste il refusa le bâton que celui ci lui tendait, et entra dans la cage en souriant. Il avança droit sur la prisonnière d'un pas tranquille, et lorsqu'elle essaya de lui lancer un coup de pied, il attrapa sa jambe d'un geste sûr et la tira vers lui d'un coup sec. La salle se mit à applaudir lorsqu'il ferma sa main droite et l'abattit sur la tempe de la jeune femme qui s'écroula au sol, à moitié sonnée. Lorsqu'elle essaya péniblement de se relever, il lui décocha au coup de pied qui la laissa définitivement au sol, haletante et crachant du sang.
Sous les applaudissements et les rires de la foule, l'homme n'eut plus qu'à finir son affaire avec la jeune femme.... Les trois hommes qui suivirent lui firent subir de nouveaux sévices sous les yeux écœurés d'Erwan, continuant à la frapper alors qu'elle n'avait déjà plus la force de résister.
Lorsqu'ils y furent tous passés, l'aubergiste prit la marmite de gruau, et en renversa deux louches sur le sol de la cage avant de la recouvrir du tissu rouge. En ricanant, il dit :
"Il est temps de laisser notre belle sauvageonne se restaurer après toutes ces émotions !"
Les clients rirent à ce bon mot, alors qu'Erwan ne rêvait que d'une chose : aller égorger ce gros porc d'aubergiste.
Kerl mit sa main sur son bras et dit d'une voix suffisamment pour être entendu des tables à coté :
"Ce spectacle était le meilleur que j'ai pu voir depuis bien des années ! Cela vaut bien une dizaine de bardes ! Il est temps que nous allions nous coucher, maintenant, nous avons une longue route qui nous attends demain matin."
Erwan le suivit à contrecœur jusqu'à leur chambre où il s'exclama :
"On ne peut pas la laisser comme ça ! Ils la traitent comme une bête !"
- Nous avons une mission plus importante. Je suis heureux de voir que les fesses de cette donzelle te fouettent suffisamment le sang pour éveiller tes instincts chevaleresques, mais que comptes-tu donc faire ? Nous ne sommes que deux. Et l'esclavagisme et le viol sont des pratiques courantes, sur la Voie. Si nous nous en mêlons, nous aurons toute la Milice Noire sur le dos." Se laissant tomber tout habillé sur une des deux bottes de foin, il reprit : "Nous allons prendre les tours de garde comme les nuits précédentes. Ce n'est pas parce que nous dormons sous un toit que nous sommes à l'abri d'un mauvais coup. Tu prendras le premier, comme d'habitude. Réveille moi dans 4 heures."
Quelques minutes plus tard, Kerl respirait profondément, plongé dans un sommeil profond, alors qu'Erwan pensait à l'enfer que vivait la jeune femme femme dans cette auberge. Une si belle femme...

mardi, août 19 2008

La Voie

Cela faisait 7 longs jours qu'Erwan chevauchait sur le dos de la plus vieille carne des écuries de son père et tout son corps était douloureux. Grand, ses cheveux blonds lui tombaient sur les épaules, et ses yeux bleus se posaient avec lassitude sur le dos de l'homme qui le précédait. Agé de 17 ans, fils et héritier du Duc d'Oberrac, il avait été bien plus habitué aux fauteuils capitonnés de la salle du conseil qu'à la selle d'un cheval. Et c'est avec nostalgie qu'il se souvenait de sa chambre confortable dans l'aile ouest du Château et du parfum des servantes qui venaient régulièrement réchauffer son lit.
Il n'attendait qu'une chose : que son compagnon donne le signal de la halte pour pouvoir se laisser tomber de son cheval et s'abrutir dans un sommeil sans rêve. Celui ci s'était révélé plein de surprises, bien différent de l'image qu'il donnait au Château. A Oberrac, Kerl était le plus proche conseiller du Duc. Il ressemblait à un vieil homme, aux cheveux gris, plongé la plupart du temps dans les ouvrages à moitié moisis et particulièrement ennuyeux de la bibliothèque. Habillé de vieilles robes éliminées, il traversait les couloirs la tête basse, plus ombre que homme. Un vieux Sage, disait le Duc d'Oberrac. Erwan aurait plutôt dit un vieux moine décrépit...
Habillé d'une tunique de cuir, une cote de maille lui protégeant le torse et une épée sur la hanche, le vieux sage s'était transformé en un guerrier dans la force de l'âge. Parfaitement à l'aise à cheval, Kerl leur faisait mener un train d'enfer, sans levant à l'aube et ne s'arrêtant qu'à la nuit tombante, lorsque les chevaux étaient épuisés. Il maîtrisait toutes les subtilités du bivouac et des nuits à la belle étoile. Il connaissait les endroits idéaux pour s'arrêter, à l'écart de la route, et savait faire de petits feux qui réchauffaient les os sans pour autant alerter de leur présence tout les brigands à des kilomètres à la ronde. Avant d'aller se coucher, il posait des collets qu'il relevait tout les matins, ramenant des lièvres qui agrémentait agréablement leur souper.
Erwan, surpris des talents cachés de son compagnon, avait un jour essayé de lui demander où il avait appris tout ça, mais Kerl s'était contenté de lui jeter un regard glacial. Ses yeux gris, parsemés de paillettes d'or semblaient être le reflet d'une détermination froide, inflexible. Le jeune homme n'avait pas insisté, il s'était contenté de se maudire pour la centième fois d'avoir accepté cette mission de son père. Mais il savait très bien qu'il n'aurait pas pu refuser. En dehors du Roi lui même, personne ne pouvait s'opposer à Talmyr, Duc d'Oberrac, s'il voulait garder sa tête sur ses épaules. Bien des histoires racontent comment d'anciens proches du Duc se sont retrouvés la tête sur le billot pour avoir essayer de le faire changer d'avis. Dans les couloirs du Chateau, on murmurait qu'il n'hésiterait pas envoyer son propre fils au bourreau s'il n'obéissait pas suffisamment promptement. Erwan n'avait pas l'intention de vérifier cette rumeur, il tenait trop à sa tête.
Alors qu'il repensait à tout cela, en essayant d'oublier la douleur qui qui irradiait de tout ses muscles, il fut tiré sa rêverie par Kerl :
"Nous sommes arrivés sur la Voie".
Etonné, Kerl regarda devant lui et constata que le chemin qu'ils suivaient les avait conduit au sommet d'une petite colline. Face à eux, au bas de la pente, un large bandeau noir, parfaitement rectiligne, dirigé du Nord au Sud, sur lequel circulaient de nombreuses charrettes, quelques cavaliers, et un petit groupe d'une dizaine de pèlerins. Kerl lui montra un petit hameau situé le long de la Voie, à quelques centaines de mètres :
"Si mes souvenirs sont bons, il y a une auberge là bas".
Puis, sans attendre de réponse d'Erwan, il talonna son cheval et le mit au trot, en direction du village. Le fils du Duc le suivit, réjoui par la nouvelle :
"Enfin, nous allons pouvoir dormir dans un lit et prendre un bon bain. Je commençais à ne plus supporter ma propre odeur ! Ni la votre, d'ailleurs ! Ah... Un bon lit, bien moelleux, chauffé par une demoiselle, peut-être deux...
- Nous prendrons la chambre la moins chère, et pas de suppléments ! Avez vous déjà oublié que nous sommes deux soldats à la recherche d'un nouvel engagement ? Nous ne sommes plus sur les terres de votre père, ni sous sa protection, nous devons être prudents... Et discrets."
Kerl se contenta de soupirer, résigné, et observa le village dans lequel ils entraient. Les maisons étaient toutes dignes des familles bourgeoises du Duché d'Oberrac et semblaient toutes avoir un commerce au rez de chaussée. Les armureries côtoyaient les échoppes de tissus. Des comptoirs proposaient toutes sortes d'aliments qui semblaient provenir des 4 coins du continent. Un maréchal ferrant était en train de s'occuper des sabots d'un cheval minuscule, aux poils longs et blancs comme la neige. Bien qu'il n'en ait jamais vu jusqu'à présent, Erwan en avait déjà suffisamment entendu parler pour reconnaître un poney des montagnes blanches, dont la race était la seule pouvait survivre sur les flancs escarpées et glacés des plus hautes montagnes du monde connu.
Erwan fit avancé son cheval au niveau de celui de Kerl et lui dit :
"Les affaires semblent florissantes, ici.
- Comme dans tout les villages que se situe aux abords de la Voie. C'est la Route la plus sure et le plus rapide, qui traverse tout le continent, du Nord au Sud. Elle est empruntée par les marchands qui échangent les marchandises entre le Nord et le Sud, en faisant de confortables bénéfices. Mais on y trouve aussi des mercenaires et des hors-la-loi, obligés de changer rapidement de région pour assurer leur avenir. Sans oublier les pélerins de Kromar, qui peuvent venir des profondeurs des Steppes des Urshaïs, pour rejoindre le temple de Kromar dans les Montagnes Blanches. Ils ont tous besoin de manger, de dormir, de se restaurer et d'acheter vêtements, armes et chevaux. La Voie est une source inépuisable de profits. Mais tout cela, vos précepteurs vous l'ont appris il y a déjà bien des années.
- C'est vrai, mais à présent que je le vois de mes propres yeux, cela me paraît encore plus étonnant.
- Vous souvenez-vous des lois qui régissent la Voie ?
- Oui, vous me les avez répétées au moins cent fois.... La Voie en elle même, ainsi que terrain qui l'entoure de chaque coté, sur 200 pas, n'appartient pas aux Royaumes qu'elle traverse. Les hommes qui s'y trouvent ne sont coupables que des crimes qu'ils y commettent. On en peut donc pas y arrêter les hors la loi qui s'y réfugient. Et la Loi est appliquée par la Milice Noire, avec la Mort pour seule sentence."
Kerl acquiesça puis dit :
"Et quelles sont les lois ?
- Il est interdit de tuer, voler, tricher au jeu. Et plus généralement, de déplaire aux commerçants, dont l'argent sert à payer les soldes et l'équipement de la Milice Noire.
- Et c'est sans doute ce dernier point le plus important. Evitez donc de vous faire remarquer. Nous sommes arrivés."
Les deux hommes étaient devant une bâtisse immense, dont l'enseigne représentait un homme marchant à l'aide d'un bâton aussi grand que lui, vêtu d'un long manteau gris et la tête recouverte d'une capuche. Sur la façade, on pouvait lire : "Au pèlerin de Kromar".
Kerl et Erwan descendirent de leur chevaux, et prirent leurs sacoches de selle, avant de confier leurs montures à un jeune garçon. Kerl lui tendit une pièce d'argent, en lui disant :
"Prends bien soin de nos chevaux et tu auras la même demain matin.
Le garçon lui fit un grand sourire dévoilant ses dents pourries et dit :
"Merci mon Prince, ils auront droit à une double ration d'avoine !"
Puis il les emmena dans les écuries, derrière le bâtiment.
Kerl et Erwan entrèrent dans l'auberge et arrivèrent dans une pièce immense au centre dans laquelle se trouvait un carré d'au moins 10 pas de coté, totalement recouvert d'un tissu d'un velous rouge. Les tables étaient disposées tout autour, sauf sur le coté droit de la salle, réservé au bar et à un âtre dans le quel brûlait un vigoureux feu de cheminée. La marmite posée sur le feu laissait échapper une appétissante odeur de ragoût qui mit l'eau à la bouche d'Erwan. L'aubergiste se tenait derrière le bar. C'était un homme petit et bedonnant, au regard fuyant et qui clignait des yeux sans arrêt. Il gardait une bouteille de Krall à portée de main, et en buvait régulièrement une gorgée au goulot.
Kerl se dirigea vers lui et lui dit :
"Par la barbe de Kromar, nous avons besoin d'une chambre pour la nuit, Aubergiste. Et d'un peu de ce ragoût, pour nous réchauffer le ventre !"
- Cela vous fera 15 pièces d'argent. A payer d'avance.
Kerl détacha une petite bourse de sa tunique et en sortit les quinze pièces en disant :
"Et bien, c'est deux fois le prix que nous avons payé au nord...
L'homme empocha l'argent, puis dit :
- Si cela ne vous plaît pas, vous pouvez toujours dormir dans les buissons. Deux pèlerins s'y sont essayés la nuit dernière et ont été retrouvés égorgés ce matin !
- Je préfère encore payer votre prix ! Il sera toujours temps de choisir les buissons lorsque nous n'aurons plus le sou. D'ici là, je compte bien avoir trouvé un nouvel engagement ! Il paraît qu'on cherche des soldats, dans le Sud ! En auriez vous entendu parler, dans le coin ?
L'aubergiste cligna plusieurs fois des yeux en disant :
"Ceux qui viennent du Sud parlent d'une armée qui campe au pied des Murailles de Kordyl. Plusieurs groupes de mercenaires venus du Nord sont déjà passés ici en espérant être enrôlés et bien payés. Cela fait marcher les affaires."
L'aubergiste avala une gorgée de Krall, puis prit une grosse clé sur un tableau situé derrière lui :
"Suivez moi, je vais vous montrer votre chambre. Le gruau sera servi dans une heure, puis vous aurez droit au spectacle qui fait la fortune de cette auberge !"
En ricanant, l'aubergiste prit sa bouteille et monta un vieil escalier grinçant, puis guida les deux compagnons jusqu'à une chambre située tout au fond d'un couloir. En ouvrant la porte, il leur dit :
"C'est la chambre la moins chère. Vous aurez surement à la partager avec quelques rats. Si vous leur faites suffisamment peur, ils ne vous mordront peut-être pas."
Après avoir pris une longue lampée de Krall, l'aubergiste repartit en ricanant.