Ecrire un roman d'heroic fantasy

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mardi, janvier 6 2009

Interview de Vanessa du Frat, auteur des Enfants de l'Ô, disponible gratuitement sur internet

Pour cette interview, c'est Vanessa du Frat qui nous a fait l'honneur de répondre à nos questions. Auteur des Enfants de l'Ô, elle a choisi de mettre son roman en ligne, permettant aux internautes de le lire gratuitement. Elle nous explique les raisons de ce choix, et détaille aussi sa façon d'écrire, bien différente de plusieurs conseils que j'ai pu donner sur ce blog, ce qui la rend d'autant plus intéressante.

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Imagineria : Les Enfants de l'Ô semble être un roman maintes fois repris et retravaillé. Où en êtes-vous aujourd'hui ?
Vanessa du Frat : Effectivement, j'ai commencé ce roman alors que j'avais 13 ans, et je l'ai remanié de (trop) nombreuses fois jusqu'à aujourd'hui. Cependant, la version actuelle n'a rien à voir avec la première version mise en ligne (en janvier 2003, si je me souviens bien). Je crois que j'en avais marre de toujours réécrire la même chose, donc j'ai attaqué la saga sur un angle complètement différent.
Actuellement, je suis en train de boucler (péniblement) le 5ème tome, celui qui clôturera le premier cycle des Enfants de l'Ô. Dès que j'aurai mis le point final à ce tome, je m'attellerai à la correction du premier tome, car la version en ligne est un premier jet et non le roman abouti.
 
Imagineria :Pour ceux qui souhaiteraient le lire, pouvez-vous nous présenter ce roman ?
Vanessa du Frat : Hmm, question ardue ^^ Je prie toujours pour qu'on ne me la pose pas, celle-là...
Il s'agit d'une saga familiale, très axée sur les personnages, sur leur rapport les uns aux autres, sur leur histoire, sur leur psychologie. Dans le premier cycle, on suit les destins croisés de plusieurs personnages : Lúka et sa soeur Line, qui vivent dans une époque pas très éloignée de la nôtre, Ludméa et Ruan, qui eux vivent sur une autre planète et dans une autre époque, ainsi que Lyen, une mystérieuse jeune femme au physique étrange et au passé trouble.
Au début du roman, une femme est retrouvée au beau milieu d'une forêt au lendemain d'une inexplicable tempête. Elle est enceinte, et apparemment atteinte d'un virus inconnu. Alors que certains s'efforcent de la sauver, d'autres semblent vouloir sa mort, et ses enfants se retrouvent vite le centre de toutes les attentions.
(bon, je suis nulle pour les résumés, il paraît que le roman est mieux que ce que la 4ème de couverture laisse envisager)

Imagineria : Combien de temps avez-vous mis pour écrire votre manuscrit ? Et combien pour le corriger ?
Vanessa du Frat : Pour le premier tome, j'ai mis un peu plus d'un mois. Je sais, c'est court, mais je participais au NaNoWriMo et je ne travaillais qu'à 60%, à l'époque. Pour les autres tomes, tout s'est allongé de manière drastique. Trois mois pour le deuxième tome, près de huit pour le troisième, un an pour le quatrième, et maintenant un peu plus d'un an pour le cinquième (qui est écrit aux trois quarts).
N'ayant pas encore commencé la correction du premier tome (à part une relecture avant de le mettre en ligne), je ne peux pas faire de prédiction, mais sans trop vouloir m'avancer, je dirais qu'elle me prendra certainement plus de six mois. J'ai commencé une relecture en notant tout ce que je voulais changer, et c'est assez conséquent.

Imagineria : J'ai lu un passage particulièrement intéressant sur votre blog à propos des plans de roman. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l'importance d'un plan à vos yeux, mais sur la capacité que doit avoir un auteur à s'en détacher pour s'adapter à la tournure que prends le récit ?
Vanessa du Frat : L'article était rédigé par un de mes co-rédacteurs. Je ne fais pas de plan, même si j'ai une ligne directrice pour l'histoire. Comme je l'expliquais sur le blog, j'ai des scènes-clé que j'appelle "balises", et entre ces balises, la voie est libre. L'histoire se développe au fur et à mesure et change beaucoup.
Je pense que le fait de travailler sans plan vient de ma manière d'aborder l'écriture : j'ai envie d'être surprise par l'histoire (presque) autant que le lecteur, donc, je me laisse surprendre par mes personnages, par leurs réactions.
Et je remarque que, bien souvent, lorsque j'essaie de forcer une scène et que je n'arrive pas à l'écrire, c'est parce qu'elle ne correspond pas à ce que mes personnages auraient fait ou pensé.
A mon avis, suivre un plan à la lettre menotte l'écrivain et l'empêche de laisser parler son imagination. D'accord, il a créé le plan, mais s'il est ensuite enchaîné à un vieux plan qui n'a pas évolué alors que l'histoire a peut-être évolué dans sa tête, l'écriture s'en ressentira.
Cela dit, je devrais utiliser un plan, et j'en fais lorsque j'arrive vers la fin d'un tome, pour être sûre de ne rien oublier. Le problème d'écrire sans plan, c'est qu'on démarre parfois une intrigue, qu'on oublie complètement par la suite. Mais MON problème avec les plans, c'est que dès que j'en fais un, il me faut moins d'un chapitre pour le rendre obsolète. Un petit exemple : sur le plan que j'avais fait pour le premier tome, j'en suis, actuellement, au chapitre 7... (et j'en suis au chapitre 28 du cinquième tome dans l'écriture)
 
Imagineria : Les personnages sont très importants et très travaillés dans votre roman. Je sais que vous faites des fiches de personnages, pourriez-vous nous expliquer comment vous les construisez, ce que vous y mettez ?
Vanessa du Frat : Les fiches de personnages, encore une fois, c'est un co-rédacteur. Je n'ai fait aucune fiche pour mes personnages, et d'ailleurs, si on me pose des questions de type "quel est le plat préféré de Ludméa", "quelle est la couleur préférée de Ruan", ou encore "quelle est la date de naissance de William", je serais bien incapable de répondre. En revanche, toute l'histoire, toute la psychologie de mes personnages est présente en permanence dans un coin de mon cerveau, ce qui me permet de créer des personnages réalistes, aux réactions humaines. Enfin, c'est ce que les lecteurs me disent !
Mes personnages font partie de moi, c'est une sorte de personnalité multiple. Je suis capable de me mettre en retrait pendant l'écriture et d'assister aux scènes ou aux dialogues en tant que simple spectatrice, pour ensuite me plonger dans la rédaction.
J'ai cependant fait quelques fiches personnages pour le site des Enfants de l'Ô, avec des informations basiques sur eux, pour les lecteurs. D'ailleurs, il faudrait que je les mette à jour...
J'ai toujours été fascinée par les gens qui sont capables de pondre des pages et des pages sur les goûts de leurs personnages, sur leurs vêtements préférés, sur leurs plats favoris, sur le nom de leur animal de compagnie, sur l'histoire de leur enfance... Je trouve ça génial, mais pour moi, ça ne fonctionne pas. Je suis trop flemmarde, et surtout, j'ai envie d'aller droit au but, donc, à l'écriture.
En revanche, je vais devoir me mettre aux fiches de personnages pendant la correction, ne serait-ce que pour savoir leur date de naissance :)

Imagineria : Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour ou par semaine ?
Vanessa du Frat : Tout dépend de ma forme physique et de mon état de fatigue, puisque je souffre depuis maintenant deux ans d'une maladie affectant la concentration et l'état d'éveil. Mais si je me base sur mes "statistiques" d'avant ma maladie, je peux dire que tout dépendait des semaines ou des jours. Il y a eu des jours à 6000 mots, il y a eu des jours à 0. En moyenne, en phase d'"écriture intense", j'écrivais plus de 10'000 mots par semaine. En 2008, je suis tout de même parvenue à faire le NaNoWriMo (en ne faisant rien d'autre) et j'ai écrit 75'000 mots en un mois, ce qui fait une moyenne de 18'000 mots par semaine.
Quant au temps que j'y passe, j'ai la chance de taper très vite, et la "malchance" d'avancer assez lentement, puisque je réfléchis beaucoup à ce que j'écris pour éviter de trop lourdes corrections (comme celles que je prévois pour le premier tome, par exemple... Quand j'écris trop vite, je m'en mords les doigts par la suite).
Je pense que je mets au moins une heure pour écrire 1000 mots.
 
Imagineria : L'inspiration vous vient-elle facilement ? Avez-vous des techniques pour éviter le syndrome de la page blanche ?
Vanessa du Frat : Pour les Enfants de l'Ô, c'est particulier. L'histoire est là depuis longtemps dans un recoin de mon cerveau, et il semblerait que par un mystérieux phénomène, elle avance toute seule et se complexifie de jour en jour. Ce que je dois combattre, c'est la fatigue. A partir du moment où je me sens bien et que je suis motivée pour écrire, les mots viennent sans trop de difficultés. Souvent, quand je bloque sur un passage, je laisse reposer quelques jours, et un nouveau tournant de l'histoire s'impose. Un mars, et ça repart !
Parfois, j'ai du mal à cerner la réaction d'un personnage, et là, mon entourage m'aide beaucoup. Je pose des questions à mes amis, je leur demande de s'imaginer dans la peau de mon personnage et de me dire ce qu'ils feraient à sa place. Tout en gardant à l'esprit que chacun est différent, bien sûr.
Et quand ça bloque vraiment, je prends mon cahier fétiche (un vieux truc que je traîne partout avec moi, rempli de feuilles lignées récupérées dans mon ancien boulot et qui servaient à écrire des rapports sur les retards des avions... eh oui !) et un stylo, et j'écris. Soit je griffonne un plan vite fait pour cerner un chapitre à venir, soit je pose des éléments de chapitre, soit ça démarre, et là, je noircis plusieurs pages, que je recopie ensuite sur l'ordi en faisant une première correction.
Pour les autres histoires, je trouve que le plus difficile, c'est le début. Une fois que j'ai un début qui me plaît, la suite vient en général assez facilement.
 
Imagineria : Vous êtes-vous plongée dans un de ces nombreux livres donnant des conseils aux auteurs ? Si oui, Lesquels ? En avez-vous à conseiller ?
Vanessa du Frat : Jamais. Je les trouve absolument inutiles (mais cet avis n'engage que moi). Bien souvent, en feuilletant ce genre de livres, je tombe sur des conseils sans doute pertinents pour un débutant, mais guère utiles pour quelqu'un qui écrit depuis longtemps. Cela dit, je pense que quelqu'un qui se lance dans l'écriture pourrait bénéficier des conseils de ces livres, et d'ailleurs, si j'avais eu un de ces manuels d'écriture dans les mains alors que je débutais, j'aurais probablement évité certaines erreurs.
Ce qui est plus utile, à mon avis, c'est de lire énormément, et dans des genres variés. Ou encore de parler à d'autres écrivains. Bien souvent, on est surpris des similitudes dans la manière d'aborder l'histoire et les personnages !
 
Imagineria : Avez-vous utilisé des logiciels d'aide à l'écriture ?
Vanessa du Frat : Aucun. J'en ai téléchargé un ou deux il y a quelques années, pour "voir". Mais dès qu'ils ont commencé à me demander des choses trop précises, j'ai cliqué sur la petite croix et j'ai rapidement tout désinstallé. Les logiciels d'écriture sont sans doute utiles pour qui travaille avec un plan très détaillé et des fiches de personnages exhaustives, mais pour moi, ça ne passait pas.
 
Imagineria : Auriez-vous d'autres conseils à donner aux jeunes auteurs qui se lancent dans l'écriture d'un roman ?
Vanessa du Frat : Lire d'autres auteurs. Parfois, quand je vois sur des forums que certains "détestent lire" et ne lisent "pas du tout" et écrivent leur roman (bien souvent une super saga épique de fantasy en huit tomes au moins) sans avoir ouvert un seul livre, je crains le résultat.
Je pense qu'il faut savoir écouter et accepter les critiques. Notre roman est toujours notre bébé et il est très difficile d'avoir des avis négatifs sur quelque chose qui nous tient autant à cœur, mais c'est nécessaire.
Il faut aussi qu'ils soient conscients qu'aujourd'hui, tout le monde écrit son roman. Et l'édition est un domaine impitoyable : beaucoup d'appelés et peu d'élus. Si leur seul objectif est la publication, qu'ils arrêtent tout de suite. A mon avis, on doit d'abord écrire par plaisir, par passion, par envie de faire partager ses histoires aux autres. Si on ne peut obtenir de la satisfaction que grâce à une publication à compte d'éditeur, c'est le moment de changer de hobby.
Mais bon, pour finir sur une note moins pessimiste, je pense que l'important, c'est de suivre ses envies et de se faire plaisir.
 
Imagineria : Pourquoi avoir choisi de mettre ce roman en ligne et de l'offrir gratuitement ? N'avez-vous jamais songé à l'envoyer à des maisons d'édition ? Voir à vous auto éditer ?
Vanessa du Frat : A l'époque de la création du site (janvier 2003) j'étais en panne sèche sur ce roman, que j'avais plus ou moins abandonné depuis un petit moment. J'en avais commencé et terminé un autre entre temps, et je ne me voyais pas revenir une fois de plus sur cette histoire, qui ne me satisfaisait jamais entièrement.
J'avais envie de m'amuser un peu à apprendre le webdesign et mettre ce vieux roman qui traînait dans un tiroir sur internet me paraissait une bonne idée. Trois copines avaient décidé de faire de même, et nous tournions avec nos mêmes dix ou quinze lecteurs. Les autres ont abandonné les unes après les autres (et c'est dommage, parce que les trois romans étaient d'excellente qualité), mais j'ai continué.
Puis, après avoir changé deux ou trois fois de design, après avoir diffusé l'intégralité de l'ancien premier tome, ainsi que les premiers chapitres du roman parallèle aux Enfants de l'Ô que j'écrivais alors, j'ai fini par terminer mes études, et dès que le point final sur mon travail de master a été mis, j'ai écrit la nouvelle version du premier tome, que j'ai commencé à diffuser chapitre par chapitre sur le site (janvier 2006).
Bizarrement, j'ai eu beaucoup plus de lecteurs avec cette version qu'avec l'ancienne (écrite à l'âge de 16 ans).
Pour ce qui est d'envoyer le roman à une maison d'édition, j'ai un avis mitigé à ce sujet. Des amis auteurs ou éditeurs me poussent à le faire, mais je reste réaliste : Les Enfants de l'Ô est un roman de SF (donc, pas à la mode), dans lequel la SF est  davantage évoquée que véritablement présente. C'est une saga familiale en beaucoup de tomes, et même si ça marche bien aux USA, en France les éditeurs préfèrent les romans plus courts. Et je les comprends parfaitement : les gens ne lisent plus beaucoup, ont de moins en moins de temps, alors pourquoi prendre le risque de publier une saga familiale d'un genre qui n'est pas du tout à la mode et a tendance à faire fuir, plutôt que la biographie romancée d'une jeune femme musulmane violée, battue puis brûlée au troisième degré par ses frères.
L'autoédition, c'est ma prévision pour ce roman. Mais il s'agira d'une véritable autoédition, pas d'un envoi à Lulu.com ou à Thebookedition.com.
 
Imagineria : Deux tomes des Enfants de l'Ô sont disponibles sur le site Alexandrie Online. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce site et pourquoi vous avez choisi d'y présenter vos romans. Qu'est ce que cela vous apporte de plus que votre propre site internet ?
Vanessa du Frat : Alexandrie Online, c'est toute une histoire :) Il y a plusieurs années, j'avais eu l'idée avec un autre écrivain de réunir plusieurs écrivains "du net" dans un site communautaire, où le lecteur pourrait trouver des romans en ligne de qualité. Mais voilà, quand tout le monde met son grain de sel dans un projet en gestation, ça n'avance pas. Et quand je me suis rendu compte que tout le boulot serait pour ma pomme, j'ai laissé tomber le projet. Et il y avait également une autre raison : j'ai rencontré un des membres du site Alexandrie Online, qui m'a poussée à m'y inscrire. Ce que j'ai fait. Et j'ai découvert que Pascal, le directeur d'A.O., avait fait très exactement ce que je prévoyais pour mon projet communautaire. Et surtout, qu'il l'avait fait bien mieux que tout ce que j'aurais pu faire moi-même. Le site A.O. est présent depuis huit ans sur le net et regorge d'ouvrages de qualité. Je m'y suis donc inscrite et j'y ai mis mon roman en lecture libre (mais vous pourrez le trouver également sur d'autres sites proposant des pdf en téléchargement gratuit).
J'ai eu la chance d'être sélectionnée pour le prix du roman Alexandrie 2008, puis de remporter ce prix. La motivation de mes lecteurs m'a vraiment touchée.
Le site Alexandrie, de par son excellente réputation, m'apporte des lecteurs que mon site ne m'aurait peut-être pas apporté. Les habitués d'Alexandrie font confiance au choix des ouvrages présentés et savent qu'un tri est effectué parmi les manuscrits proposés. Sur internet, en revanche, on trouve de tout, et malheureusement, les "mauvais" romans en ligne sont plus fréquents que les bons.

Imagineria : Je vous remercie pour vos réponses.

lundi, décembre 29 2008

Interview d'Aurélia Rojon, Gérante et Directrice Editoriale des Editions Mille Saisons

Pour cette première interview d'éditeurs, nous avons eu la chance de pouvoir dialoguer avec Aurélia Rojon, des Éditions Mille Saisons. Spécialisée dans les romans fantastique et fantasy, cette jeune maison d'édition offre des perspectives intéressantes pour les auteurs francophone encore inconnus.

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Imagineria : Pour commencer, je souhaitais vous poser une question de pure curiosité. Qu'est ce qui vous a pris de vous lancer dans ce métier particulièrement difficile et concurrentiel ?
Aurélia Rojon : En 2e année d'école de commerce, on avait un projet à faire; On s'est dit qu'on pourrait essayer une maison d'édition pour de faux. Mais lorsque l'on a reçu le tapuscrit du Temps de l'Accomplissement on a tout de suite flashé et on a décidé de le publier pour de vrai. Ensuite on a vu que ça se passait bien, que les lecteurs aimaient et lorsque le roman a reçu le prix Merlin 2006, on était totalement convaincu qu'on voulait continuer.

Imagineria : Pour le moment, vous avez publié quatre romans. Pour nous rendre compte de concurrence à laquelle les auteurs de manuscrits doivent faire face, pouvez-vous nous dire combien de manuscrits vous recevez par mois, en gros ?
Aurélia Rojon : On doit en recevoir une vingtaine par mois.

Imagineria : Beaucoup de jeunes auteurs écrivant de la fantasy ou du fantastique rêvent d'être édités par Mille Saisons. Que recherchez-vous ? Comment faire la différence au milieu de dizaines de manuscrits ?
Aurélia Rojon : On attend que les romans soient creusés : que nous n'ayons pas l'impression que l'intrigue ait déjà été lue dix fois. On fonctionne au coup de cœur. C'est difficile de traduire cela. On recherche le petit plus qui remportera notre adhésion : pour le Sablier de Mû c'est le style, pour les Perles d'Allaya le rebondissement vraiment étonnant et les combats qui sont excellents et pour la Fortune de L'Orbiviate c'est l'univers tellement riche et fouillé.
Mais pour tous l'intrigue était originale, le style maîtrisé et les personnages fouillés.

Imagineria : Et que faut-il absolument éviter ?
Aurélia Rojon : Croire qu'un éditeur est une bonne copine qui laissera passer les fautes d'orthographe ou d'envoyer son manuscrit sans y croire; En général dans ce cas là le roman est bourré de fautes. On a eu aussi des romans remplis de private joke...

Imagineria : Sur les forums d'écriture, beaucoup de gens conseillent aux jeunes auteurs de commencer à écrire des nouvelles, pour se faire connaître et avoir plus de chance de faire publier son roman. Un auteur de nouvelles reconnu a-t-il plus de chances d'attirer votre attention lorsqu'il vous présente son manuscrit ?

Aurélia Rojon : Aucune. Sauf s'il a publié chez nous évidemment. Il va de soi que si on a déjà travaillé avec l'auteur dans le cadre d'une nouvelle, lorsque l'on verra son nom, on regardera plus vite. Ça ne veut absolument pas dire qu'on sera moins exigeant mais on sera plus attentif et plus rapide. Par contre s'il a déjà publié des nouvelles chez un confrère, il y a peu de chance qu'on le remarque (à moins bien sûr d'avoir lu la nouvelle et d'avoir été particulièrement marqué par cette dernière).

Imagineria : Avant d'envoyer un manuscrit chez un éditeur, quel qu'il soit, conseillez-vous de prendre des mesures pour éviter le plagiat ou cela n'est-il pas nécessaire ?
Aurélia Rojon : Cela me paraît inutile; Si le roman est bon, je ne vois pas pourquoi un éditeur demanderait à quelqu'un de réécrire un roman déjà écrit. Après il y a toujours l'infime possibilité que le premier lecteur flash et le passe en son nom mais ça me semble complètement fantaisiste. Après si envoyer une enveloppe scellée à son domicile tranquillise, ça ne coute pas grand chose.

Imagineria : Y-a-il une période de l'année plus propice pour envoyer son manuscrit, ou des périodes à éviter ?
Aurélia Rojon : On en reçoit beaucoup pendant les fêtes ou les vacances, ce qui est loin d'être la meilleure période pour nous puisque notre comité de lecture prend aussi des vacances...

Imagineria :Acceptez-vous les romans en plusieurs tomes ? Si oui, faut-ils qu'ils soient déjà tous écrits avant de vous envoyer les manuscrits ?
Aurélia Rojon : On accepte en effet les romans en trois tomes mais on demande à ce que le 2e tome soit écrit et que le scénario du 3e soit bouclé.

Imagineria : Est ce qu'il y a un âge minimal en dessous duquel vous refusez de travailler avec un auteur ? Un jeune auteur de 16 ans, par exemple, peut-il avoir sa chance ?
Aurélia Rojon : Le cas ne s'est encore jamais présenté. On ne sélectionne pas sur l'âge mais en général les écrits des auteurs de 16 ans ne sont pas encore aboutis.
Notre plus jeune auteur a 20 ans, il s'agit de Samantha Bailly auteur d'Au-delà de l'Oraison à paraitre début 2009.

Imagineria : Votre guide de soumission est particulièrement clair, cependant je souhaitais entrer dans le détail pour ce qui concerne le synopsis. Pourriez-vous nous dire ce que vous attendez exactement de ce document ? Faut-il qu'il soit aussi synthétique que possible ou très détaillé ?
Aurélia Rojon : La seule chose que je puis dire c'est qu'il doit donner envie au lecteur de commencer le roman. Il faut qu'il soit synthétique tout en résumant le roman entièrement. Lorsque le roman comporte plusieurs tomes on attend que le synopsis résume également les tomes à venir (environ 1 page par tome)

Imagineria : Un synopsis inintéressant peut-il causer l'élimination automatique d'un roman sans même que le manuscrit ne soit lu ?
Aurélia Rojon : Non mais le lecteur partira avec un avis défavorable...

Imagineria : Sur votre site, vous vous engagez à répondre au bout de cinq mois aux auteurs qui vous envoient leurs manuscrits. Ce délai est-il toujours d'actualité, maintenant que Mille Saisons est une maison d'édition reconnue et que des tonnes de manuscrits doivent s'entasser sur vos bureaux ?
Aurélia Rojon : Des tonnes... Peut être pas. Pour le délai de 5 mois on fait au mieux mais c'est vrai que certains attendent plus longtemps. Je dirais que le délai est plus de 6 mois actuellement.

Imagineria : Garantissez-vous de toujours répondre aux auteurs qui envoient des manuscrits, même si la réponse est négative ? Prenez-vous le temps d'argumenter les refus pour que l'auteur puisse s'améliorer ?
Aurélia Rojon : On répond toujours. Par contre il y a encore un an on renvoyait des refus très argumentés désormais on se contente de souligner quelques points (2 ou 3) qui nous paraissent les plus à travailler.

Imagineria : A défaut de recevoir une réponse, faut-il vous relancer ou non ?
Aurélia Rojon : Si au bout de 6 mois, l'auteur n'a aucune réponse, il est préférable de nous relancer. En effet les bugs informatiques existent...

Imagineria : Sur votre site, on peut lire que six personnes font parti de votre comité de lecture. Comment les avez-vous choisies ?
Aurélia Rojon : Déjà elles étaient volontaires. Il faut savoir que c'est assez pénible d'être lecteur (encore plus lecteur bénévole). On leur demande d'avoir lu des romans de Mille Saisons et de nous faire une fiche sur eux avec les points positifs et négatifs. Si on partage la même vision, on accepte le lecteur à l'essai.
On demande à nos lecteurs de lire environ 5 romans par mois (sachant qu'en général ils n'en lisent que 10%). Si ce rythme est respecté et que les fiches sont compréhensibles et détaillées, on continue à travailler avec eux.

Imagineria : Acceptez-vous des candidatures extérieures pour y entrer ?
Aurélia Rojon : Oui tout lecteur amateur de fantasy/fantastique peut y entrer.

Imagineria : Pour ceux qui doutent de votre capacité à faire la promotion des romans que vous avez décidé de publier, pouvez-vous nous détailler les moyens que vous avez à votre disposition pour assurer une large diffusion ?
Aurélia Rojon : Vaste question. On donne beaucoup de service de presse que ce soit aux magazines ou aux libraires, on fait des salons, on visite les librairies ; on est référencé à la fnac, sur amazon. On est diffusé en Belgique. On fait des concours afin d'étendre la renommée de Mille Saisons.

Imagineria : A moyen terme, vous êtes-vous fixé un objectif de nombre de romans publiés ? Quel est-il ?
Aurélia Rojon : L'année prochaine on publiera 6 livres dont 5 romans. On va déjà continuer sur cette lancée et voir comment ça se passe. Disons qu'à moyen terme on publiera un roman par mois.

Imagineria : Allez-vous continuer à promouvoir des auteurs français inconnus ou comptez-vous, à l'avenir, traduire de plus en plus de romans anglo-saxons comme le font les éditions Bragelonne ?
Aurélia Rojon : Des traductions anglo-saxonnes ne sont pas à l'ordre du jour.

Imagineria :Je vous remercie d'avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions.
Aurélia Rojon : De rien. j'espère avoir répondu de façon compréhensible. :wink:

mardi, décembre 16 2008

Interview de Sofee L. Grey, auteur de Prophets, publié chez Netscripteurs Editions

Sofee L. Grey est l'auteur de Prophets, Les Enfants de la Cité maudite. Âgée de 20 ans, elle est la première à être publiée par Les Netscripteurs Editions. Cette interview est particulièrement intéressante puisqu'en plus de mettre en avant le roman Prophets, elle nous permet de découvrir une maison d'édition qui souhaite donner leur chance aux jeunes auteurs encore inconnus. Vous trouverez ci-dessous l'échange que j'ai eu avec elle, et des conseils intéressants  pour les jeunes écrivains.

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Imagineria : Bonjour, toutes mes félicitations pour cette première publication. Pouvez-vous nous présenter votre roman en quelques lignes ?
Sofee L. Grey : Merci de votre accueil ! Ce roman est en effet la concrétisation d’un grand rêve, et je suis heureuse que vous y portiez un tel intérêt !
Prophets vous entraînera au cœur d’un monde livré à lui-même ; les Dieux et Démons qui le régissaient sont morts, depuis qu’une destinée parmi des milliards d’autres leur a échappé… Causant ainsi le plus grand bouleversement jamais connu sur Wenisland – l’île Errante – et sa jumelle Sisleya. En cet univers de traditions et de révolutions, en ce monde de conflits et d’anarchisme, vont se lever des idéaux radicalement opposés, prêts à tout pour accomplir leurs fins, prêts à tout pour entériner à jamais ou sortir définitivement de cet âge libéré des Dieux…
Suivez-moi dans les confins de l’île Errante, et attachez-vous aux pas de Shoei pour retrouver la trace de ceux que l’on nomme les enfants-prophètes. Entrez dans Berccia, ancienne cité reine devenue nécropole, où ceux que l’on nomme enfants-prophètes se font une joie cynique de survivre à un labyrinthe infernal et vicié, où ceux que l’on nomme enfants-prophètes sont six, six lames aux éclats écarlates et aux caractères bien trempés…

Imagineria : Beaucoup de jeunes auteurs rêvent d'être à votre place et seraient heureux d'avoir quelques conseils qui leur permettraient d'achever leur roman et d'accrocher un éditeur. En auriez-vous quelques-uns à leur donner ? Par exemple, par où commencer, les pièges à éviter, comment construire un monde, créer de bons personnages, comment trouver le temps d'écrire...
Sofee L. Grey : Avant tout, ne jamais renoncer, ne jamais partir vainqueur non plus.
Écrire, c’est d’abord livrer une part inestimable de soi-même, tant dans un long processus de pure création que dans une histoire qui finit toujours par devenir notre « bébé ». C’est s’exposer aux yeux des autres, prendre le risque de se voir « casser » par ce regard – qui par ailleurs n’aura sans doute absolument pas conscience de tout ce que je viens d’énoncer.
Au-delà, c’est un exercice qui demande une certaine rigueur. Dans le processus d’édition, il ne s’agit plus simplement d’écrire pour le plaisir, mais d’écrire pour offrir un récit cohérent, avec du rythme, une intrigue qui suive un ou plusieurs objectifs plus ou moins explicites.
Il ne faut pas en dire trop, et parfois cela devient un vrai casse-tête de savoir où commencer les révélations, et où leur passage sous silence empêche la bonne compréhension du texte. Tout est question de dosage entre les non-dits et les mises au clair – j’ai pas mal souffert de ce point de vue !
La question des personnages est un peu différente selon moi. Je pense qu’il ne faut pas se cantonner à ce qu’on a l’habitude de lire. Le héros solitaire top model et l’orpheline aux grands yeux peuvent encore fonctionner dans un certain registre… mais je pense que les lecteurs attendent autre chose de ceux qui vont les emmener sur les routes de leur aventure. Pour ma part, je suis très fan des tribus, des groupes où les personnages ne trouvent leur caractère qu’au travers des autres, qu’à leur côté. Ça leur donne un petit plus à mon goût, un petit côté humain. Mais, au fond, les personnages sont à mon avis la facette la plus attirante de la création… C’est un peu se demander un jour : et si j’étais omnipotente, omnisciente, si je pouvais modeler une vie, quelle serait-elle ?

Imagineria : Merci pour ces précieux conseils ! Parlons de la maison d'édition qui vous a fait confiance. Je souhaitais savoir comment vous avez découvert Les Netscripteurs Éditions et ce qui vous a poussée à travailler avec eux.
Sofee L. Grey : Le hasard, voilà ce qui m’a mis sur la route des Netscripteurs ! Et accessoirement un questionnaire, une étude sur les goûts littéraires et artistiques des jeunes. Je l’ai rempli en expliquant que j’écrivais des manuscrits, et de là tout c’est enchaîné assez naturellement !

Imagineria : Pourriez-vous nous détailler la façon de travailler des Netscripteurs Éditions avec un jeune auteur comme vous ?
Sofee L. Grey : Sur le long terme, d’abord, dans un échange le plus régulier et constant possible. Les allers-retours devaient suivre une logique de perfectionnement qui n’a pas toujours été très simple à assumer, entre les impératifs étudiants et la motivation… qui n’est pas forcément au rendez-vous, contrairement à ce que je croyais au départ. Le premier jet a servi de base aux premières observations et suggestions de la part d’Isabelle, qui a longuement pris le temps de bien m’expliquer sa démarche, de partager avec moi de vive voix ses impressions, ses attentes, mais aussi les miennes. Puis nous avons enchaîné de cette manière en navettes éditrice-auteur, en gardant toujours comme objectif d’améliorer le texte mais surtout de rester en phase entre nous sur tout le projet. Ça a été long mais très enrichissant, tant au point de vue humain que technique ; je ne me suis jamais sentie « larguée » au milieu de notre collaboration, je n’ai jamais eu l’impression de perdre le fil ou le contrôle de mon livre. Tout était dans la communication et le respect mutuel. Et la bonne humeur !
 
Imagineria : Avez-vous dû apporter beaucoup de corrections à votre manuscrit ?
Sofee L. Grey : Pas mal oui !! J’ai une pensée pour Isabelle à cette question ; le travail sur le livre a été long, et ça n’a pas été toujours facile, à la fois pour elle de me guider sans me froisser ou casser mon histoire, et pour moi de satisfaire à ses attentes, qui étaient très précises. Il y a eu, en tout, étalées sur deux ans, trois corrections successives ; elles ont porté en réalité sur la totalité de mon manuscrit, dont seuls les trois premiers chapitres ont formé le premier tome de Prophets. Autant dire que ça a été un très long processus !

Imagineria : Avez-vous été bien accompagnée dans la démarche de publication ?
Sofee L. Grey : Comme pour toutes les étapes de la « fabrication » de mon livre, oui. Isabelle a toujours été très ouverte à toutes mes questions, et a pris beaucoup de son temps pour m’expliquer chacune des démarches qui jalonnaient notre collaboration. Elle n’y était pas obligée, mais a tenu à chaque fois à me tenir informée des différents stades, du travail des différents intervenants… De la correction du premier jet, à l’imprimeur, ou l’illustration, j’ai eu la chance de me faire expliciter tout ce qu’un auteur inquiet de l’avenir de son bébé est soucieux de connaître ! Sans vouloir faire preuve de complaisance, je ne pense pas qu’une telle communication existe dans la plupart des maisons d’édition qui se partagent le marché du livre…

Imagineria : Au final, maintenant que le roman est publié, êtes-vous satisfaite du résultat ?
Sofee L. Grey : Oui, mille fois oui !!! C’est un rêve de gamine, être écrivain, échapper à la réalité dans laquelle je ne me sentais pas forcément à l’aise pour créer en artiste libérée de ses entraves un monde de chimères. Et tenir ce livre entre mes mains, ça a été très étrange. Même si, travaillant dessus depuis des années, l’effet de surprise était plutôt pour ma famille et mes amis ! Moi j’ai eu le privilège de rencontrer Isabelle, sa famille, et puis des artistes, des libraires, autour juste d’un tout petit fantasme d’enfant. Alors « satisfaite » n’est peut-être pas le mot ; « comblée » ou « heureuse », dans sa plus pure essence, ça, oui !


Imagineria : A votre avis, votre éditeur a-t-il les moyens de faire la promotion de votre roman  ?
Sofee L. Grey : A mon avis, Isabelle a trop donné d’elle-même dans ce projet – son projet, son rêve aussi – pour ne pas assurer sur la promotion. Nous avons pas mal ri toutes les deux en nous rendant compte que nous n’avions rien de « commerciales », et que c’était justement là où le plus dur semblait être derrière nous que nous nous retrouvions coincées face à un libraire (que nous connaissons toutes les deux en plus !). Isabelle s’est beaucoup battue pour les Netscripteurs, elle a travaillé à côté sur nombre de projets pour assurer ses arrières financiers ; et en fait, je pense qu’au fond c’est le seul aspect qui pourrait lui faire défaut. C’est pour ça, après tant d’investissement personnel, humain et financier, que nous comptons sur le public de lecteurs, sur ceux qui en ont assez de voir les grands manger impunément les petits sans la moindre concession, sans le moindre égard pour leur boulot et leurs efforts, que nous comptons sur ceux qui croient que l’art et la créativité ne sont pas question de renommée ou de gros sous. En bref, besoin de vous pour survivre dans la piscine aux requins !

Imagineria : Conseillez-vous aux jeunes auteurs qui fréquentent ce blog d'envoyer leur manuscrit aux Netscripteurs Editions ?
Sofee L. Grey  : Oui, sans hésitation aucune. Isabelle fera sa promo mieux que moi, mais si vous avez lu mon blabla jusque-là, alors pas besoin d’un dessin : les Netscripteurs vous liront. C’est leur point fort et leur point faible tout à la fois ; ne jamais s’arrêter aux difficultés, aux a priori, quitte à y passer un temps phénoménal. Isa lira vos manuscrits, pas tout de suite, mais avec sérieux, et surtout elle vous répondra, dans plus de temps encore, mais avec respect pour votre livre et votre personne. Elle vous dira ce qu’elle et son petit comité de lecture en ont pensé, ce qu’ils vous suggèrent de revoir ou d’approfondir, ce qu’ils ont aimé. Peut-être avec suite, peut-être sous condition d’un vrai travail d’écriture sur le manuscrit, peut-être sans plus… Mais je ne suis plus là dans mon domaine !

Imagineria : Et pour finir, tournons-nous vers l'avenir. J'ai vu sur le site des Netscripteurs que le tome II était déjà écrit, savez-vous quand est-ce qu'il sera disponible à la vente ?
Sofee L. Grey  : C’est amusant que vous posiez la question, je me pose la même ! Honnêtement, je souhaite le voir publié l’année prochaine, peut-être à l’automne lui aussi. Il faut cependant là aussi se soumettre aux aléas extérieurs à ma propre volonté : le premier livre devra d’abord trouver son lectorat, et surtout sa légitimité dans les librairies avant de se pencher sur cette question. Je tiens pourtant à affirmer à ceux qui ont lu ou vont lire Prophets que je travaille d’ores et déjà sur cette suite – eh oui, même si elle est écrite depuis des années et a fait l’objet de deux corrections, il reste encore et toujours à faire ! Mais c’est là tout le plaisir…
 
Imagineria :  Merci pour toutes ces réponses.

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Pour aller plus loin :
      * Un extrait en lecture libre du roman de Sofee L. Grey : Prophets
      * Le Making-of qui explique en détails les relations entre l'auteur et l'éditrice
      * Prophets, les enfants de la Cité maudite, peut être acheté ici.
      * Le site internet  et le blog des Netscripteurs Éditions





lundi, décembre 15 2008

Interview de Samantha Bailly, auteur d'Au delà de l'Oraison, publié aux Editions Mille Saisons

Aujourd'hui, j'ai l'honneur de publier l'interview de Samantha Bailly qui va publier son premier roman l'année prochaine, aux Éditions Mille Saisons, à compte d'éditeur. Je vous laisse la savourer et en tirer quelques enseignements !

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Bonjour,

Imagineria : Pour commencer, toutes mes félicitations pour avoir été choisie par les Éditions Milles Saisons. Votre roman ne sortira que l'année prochaine, mais pouvez-vous déjà nous le présenter en quelques lignes ?
Samantha Bailly : En attendant la 4e de couverture…Le royaume d’Hélderion a mis main basse sur Thyrane, imposant sa religion et ses codes sociaux à ses nouveaux sujets. Cet évènement bouleverse la vie de la noble famille Manérian : Aileen et Mylianne, les cadettes, sont envoyées en Pension, structure chargée de la rigoureuse éducation des enfants de membres de Corporations. Noony, l’aînée des trois sœurs, reste auprès de ses parents en vertu de ses prédispositions dans l’Art d’Oraison. Sept années se sont écoulées depuis la séparation. Alors que Mylianne fugue de la Pension, elle est retrouvée morte dans les rues de Mizin, et tout porte à croire que cet acte est l'œuvre de la résistance Thyranienne. Aileen n’a alors plus qu’une idée en tête : élucider le meurtre de sa sœur. Noony, quant à elle, est devenue oraisonnière. Elle doit maintenant quitter sa famille et sa cité pour son voyage initiatique. Tout bascule lorsque l'Astracan envoie sa décision de guerre contre les Terres Impies, Noony y voit la sombre répétition de l'invasion de Thyrane, et décide de sortir du chemin tracé pour elle. Chacune de leur côté, au cours de leurs péripéties, les deux sœurs vont faire la lumière sur les manipulations du gouvernement et leurs croyances seront mises à rude épreuve.

Imagineria : Beaucoup de jeunes auteurs rêvent d'être à votre place et seraient heureux d'avoir quelques conseils qui leur permettraient en premier lieu d'achever leur roman puis d'accrocher un éditeur. En auriez-vous quelques-uns à leur donner ?
Samantha Bailly : Mon seul conseil est celui de travailler, encore et toujours. En ce qui concerne le fait d’achever un roman, je crois que cela dépend vraiment des tempéraments, des sensibilités, de l’organisation de sa propre vie. Certaines personnes arrivent très bien à terminer un roman au bout de dix ans en morcelant l’écriture, d’autres préfèrent écrire d’une traite car sinon elles savent qu’elles n’y reviendront pas. Le principal est de toujours garder ses objectifs en tête et de savoir faire cohabiter l’inspiration et l’organisation du temps d’écriture. Pour « accrocher » un éditeur, ce qui est sûr, c’est que ce dernier est sensible au minimum à une forme impeccable. Là non plus, il n’y a pas de secret ni de recette miracle. Mais une chose est certaine : plus un manuscrit sera corrigé, peaufiné, plus il aura des chances d’attirer l’attention d’un éditeur, au moins pour le sérieux qu’aura apporté l’auteur. Mais là encore, cela ne fait pas tout.

Imagineria : Combien de temps avez-vous mis pour écrire votre manuscrit ? Et combien pour le corriger ?
Samantha Bailly : En ce qui concerne le tome 1 d’Au-delà de l’oraison, qui fait un million de signes, j’ai mis une année à l’écrire (novembre 2005 à novembre 2006), puis six mois de corrections intensives.

Imagineria : Avez-vous construit un plan avant de vous lancer dans l'écriture du roman ?
Samantha Bailly : Oui, que ce soit sur ordinateur ou sur des cahiers, je segmentais à l’avance les parties, les chapitres, en indiquant telle ou telle action. Évidemment, on déborde toujours un peu, et il faut réajuster, mais j’ai toujours besoin de ce guide avant de me lancer.

Imagineria : Avez-vous fait des fiches de personnages ?
Samantha Bailly : Oui, sans doute mon syndrome « jeu de rôle » mais j’aime beaucoup faire cela, cela permet de consigner les idées et cela peut faire office de rappel sur la couleur d’yeux d’un tel.

Imagineria : Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour ou par semaine ?
Samantha Bailly : Difficile de répondre de manière tranchée ! Tout dépend des périodes, en fait. Pour terminer le tome 2 d’Au-delà de l’oraison, l’année dernière, j’ai passé plusieurs mois à écrire 5000 signes par jour – objectif que je tenais assez souvent. Vous en conviendrez, c’était très intensif. Cette année, avec les corrections, j’écris au compte goutte et en plus je jongle entre deux nouveaux romans. J’alterne très souvent entre des périodes d’écriture régulières et d’autres au gré de l’envie, c’est ce qui permet de conserver le plaisir.

Imagineria : L'inspiration vous vient-elle facilement ? Avez-vous des techniques pour éviter le syndrome de la page blanche ?
Samantha Bailly : L’inspiration n’a jamais vraiment été le problème. Ce qui est plus dur, c’est parfois d’arriver à aborder une scène charnière où l’on peut bloquer. Mais les idées sont toujours là. Ma seule technique pour surmonter un moment de blocage, c’est de faire un premier jet même si je ne suis pas convaincue, pour le peaufiner par la suite.

Imagineria : Vous êtes-vous plongée dans un de ces nombreux livres donnant des conseils aux auteurs ? Si oui, Lesquels ?
Samantha Bailly : Je ne me suis plongée dans aucun livre de ce type. Ce qui m’intéresse en revanche, ce sont les témoignages directs, je préfère l’échange avec d’autres gens passionnés plutôt que les théories. Sinon, on trouve aussi sur les sites d’auteurs des mines d’informations à ce niveau.

Imagineria : Avez-vous utilisé des logiciels d'aide à l'écriture ?
Samantha Bailly : Un logiciel d’aide à l’écriture ? Je ne connais pas le concept en tout cas.

Imagineria : Et ce que tout le monde attend, pouvez-vous nous dire comment vous avez réussi à décrocher un contrat avec cette maison d'édition ? Qu'est-ce qui d'après vous a fait la différence avec les tonnes de manuscrits qu'ils doivent recevoir ?
Samantha Bailly : En fait, pour retranscrire un peu le parcours éditorial d’Au-delà de l’oraison : je l’ai envoyé en juin 2007 à six éditeurs. Pendant l’été, j’ai reçu une réponse semi positive des éditions L’Olibrius céleste. Ils étaient intéressés mais trouvaient que cela ne collait pas assez à leur ligne éditoriale pour être publié immédiatement. Puis en novembre j’ai reçu deux réponses positives, celle des éditions Pietra Liuzzo et celle des éditions Mille Saisons. Voici donc le comment, ce n’est pas vraiment compliqué : j’ai envoyé le manuscrit. Après, ce qui était plus délicat, et une position qui n’est pas à plaindre, cela a été de choisir. J’ai signé avec les éditions Mille Saisons en décembre. Pour ce qui est de ce qui a fait la différence, il faudrait leur demander ! *rires *

Imagineria : Avez-vous envoyé un synopsis avec votre manuscrit ? Avez-vous des conseils à donner à ceux qui se demandent ce qu'ils vont bien pouvoir mettre dedans ?
Samantha Bailly : Oui, j’ai envoyé un synopsis aux maisons d’édition qui le demandaient, mais sincèrement je ne me sens pas vraiment spécialiste en la matière. Il suffit, je pense, de simplement résumer les grands axes du roman pour que l’éditeur ait une idée globale de la charpente de ce dernier, qu’il puisse savoir où l’auteur va et vérifier que tout a été bien pensé.

Imagineria : Merci pour ces précieux conseils ! Parlons de la maison d'édition qui vous a fait confiance. Je souhaitais savoir comment vous avez découvert les Éditions Mille Saisons et ce qui vous a poussée à travailler avec eux.
Samantha Bailly : J’ai découvert les éditions Mille Saisons par le biais d’internet, avec son forum incontournable pour tous les jeunes auteurs aimant la fantasy. J’ai signé avec eux parce qu’ils ont fait le pari de croire en des auteurs francophones. Même si la structure est encore modeste, je crois en ce projet.

Imagineria : Pourriez-vous nous détailler la façon de travailler de cette maison d'édition avec un jeune auteur comme vous ?
Samantha Bailly : J’espère que le fait que je sois jeune ne change rien ! * rires * Tout se passe de façon très simple, je corrige, j’envoie, c’est validé – ou non – et je communique beaucoup avec mon éditrice, Aurélia, pour tout ce qui concerne la réalisation de la couverture, la 4e de couverture. Le but est toujours de trouver un compromis entre deux volontés.

Imagineria : Avez-vous dû apporter beaucoup de corrections à votre manuscrit ?
Samantha Bailly : J’ai d’abord beaucoup travaillé seule cet été pour revoir le tome 1 et le rééquilibrer d’un point de vue scénaristique et stylistique par rapport au tome 2, que je venais de terminer. C’était un débroussaillage que je pouvais prendre en charge seule et qui a représenté pour moi la plus grosse partie du travail, puisque le recul est souvent la pire des mises à l’épreuve pour un texte. Si je m’écoutais, je crois que je corrigerais tout le temps… ma grande angoisse est d’ailleurs celle, paradoxalement, du roman figé sur lequel on ne peut pas revenir ! Vous imaginez donc que j’ai beaucoup corrigé.

Imagineria : Êtes-vous bien accompagnée dans la démarche de publication ?
Samantha Bailly : Oui, mon éditrice est à l’écoute et nous essayons de faire au mieux.

Imagineria : Mille Saisons est une jeune entreprise. De votre point de vue, a-t-elle les moyens de faire la promotion de votre roman ?
Samantha Bailly : C’est sans doute ce qu’il y a de plus intéressant, car j’ai l’impression que je vais pouvoir aider à mon échelle, même si je ne suis pas obligée. La diffusion est toujours difficile pour les petits éditeurs mais je fais confiance à mon éditrice qui fait de son mieux pour faire grandir l’entreprise, et j’espère bien l’y aider en faisant aussi ma propre promotion à travers mon site internet.

Imagineria : Conseillez-vous aux jeunes auteurs qui fréquentent ce blog d'envoyer leur manuscrit aux Éditions Mille Saison ?
Samantha Bailly : Après tout ça, ce serait un peu bizarre de dire non, n’est-ce pas ?

Imagineria : Vous avez un site web, un blog, un forum, un groupe Facebook... L'objectif est-il de faire la promotion de votre ouvrage ? Avez-vous encore le temps d'écrire, avec tous ces supports informatiques à gérer ?
Samantha Bailly : Le but est évidemment promotionnel, car je veux aider les éditions Mille Saisons dans leur démarche pour faire connaître le roman. Mais plus que cela, ce que j’aime sur le forum que je gère, c’est l’échange entre différentes sphères du milieu artistique, dessinateurs, éditeurs, écrivains, qu’ils soient professionnels ou amateurs. Les supports informatiques ne sont vraiment pas le majeur problème de mon temps, c’est surtout de gérer et l’écriture et mes études qui est parfois difficile.

Imagineria : J'ai vu sur votre site que vous étiez en train de travailler sur le tome 2. Est-ce le début d'une longue association avec les Éditions Milles Saisons ?
Samantha Bailly : En fait, le tome 2 est achevé depuis mai 2008. Les Éditions Mille Saisons se sont engagées à publier mon diptyque. Pour le reste, mon prochain roman est un témoignage réaliste, qui n’entre donc pas dans la ligne éditoriale des éditions Mille Saisons, mais je travaille aussi sur une préquelle d’Au-delà de l’oraison, que je soumettrai de toute façon aux éditions Mille Saisons (droit de préférence).

Imagineria : Quand est-ce que ce nouveau roman sera disponible ?
Fin janvier 2009.

Imagineria : Je vous remercie de toutes ces réponses qui seront sans aucun d'aide d'une aide précieuse pour tout les jeunes auteurs qui lisent ce blog !

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Pour aller plus loin :

  * Les médias de Samantha Bailly :
        - Son site internet
        - Son blog
        - Son forum
        - Sa page Facebook

  * Le site internet des Éditions Mille Saisons



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