Ecrire un roman d'heroic fantasy

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jeudi, décembre 30 2010

La structure du récit : ce qui marche à tous les coups

Le titre est sciemment provocateur, tant il est démontré qu'il n'existe pas de recette miracle pour un écrire un roman qui plaît à chaque fois. Cependant, il me semble intéressant de se pencher sur quelques structures de récit qui ont démontré leur efficacité.

Nous commencerons par David Siegel, reconnu pour sa connaissance du web et des meilleures techniques pour créer des sites qui marchent. Il a publié entre autre "Secrets des sites web qui réussissent" . En se basant sur une analyse du cinéma américain et de ses block-busters, il constate qu'un récit linéaire classique a beaucoup de mal à accrocher l'intérêt du public jusqu'au bout.

Par contre, les récits à succès sont basés sur le principe de la double détente : le héros poursuit un objectif, qui s'avère ne pas être le bon. Le rebondissement du récit, à mi-parcours, permet au héros de se rendre compte de son erreur, et de se consacrer à l'objectif réel qui lui permettra d'aboutir.

Pour commencer, Siegel rappelle la règle des 3 P que doit respecter tout récit :
- Prémisse : Quoi, où, quand. Il s'agit de placer le décor de l'intrigue, son cadre, afin de l'ancrer à une réalité.
- Personnages : Qui. Les personnages doivent être suffisamment étoffés pour qu'on puisse se projeter en eux et s'y attacher. Leur description, leur passé et leur psychologie doivent être développés.
- Péripétie : Comment. Le déroulement des évènements dans le récit. Il peut être linéaire ou, comme le conseille Siebler, à double détente.

Le récit à double détente selon David Siebler se déroule en neuf temps, que nous allons développer ci dessous.

Temps 0 : Tout ce qui s'est passé avant que votre récit ne commence. Une bonne histoire est une histoire qui vient de loin, et qui s'appuie sur des bases solides. C'est sur ce background que le récit se construit, comme se bâtit un puissant château-fort sur un pic rocheux millénaire.
Le méchant aura donc eu tout le temps de se développer, et de dérouler son plan machiavélique. L'intrigue devrait déjà se dérouler depuis au moins dix ans, et arrive à son terme au moment où votre propre récit commence. Une bonne façon de faire entrer en scène le héros est qu'il ait à subir de manière directe ou indirecte une des conséquences néfastes des actions du méchant.
Le classique des classique : la famille du héros est exterminée par une bande de mercenaires envoyés par le grand méchant. Vous pouvez évidemment être plus originale, mais il ne s'agit pas de commencer votre histoire par cette scène. C'est une pièce du puzzle global, qui vaut mieux faire découvrir au cours du récit, sous forme de flash-back.

Temps 1 : le panneau d'ouverture. Il s'agit de planter le décor.
Dans un film, il s'agirait d'une scène panoramique qui englobe les lieux du récit. Aérienne, couteuse, elle attire l'attention dès les première secondes, accroche immédiatement le spectateur.

Temps 2 : Quelque chose de mal arrive.
Si le temps 1 tire en longueur et qu'il ne passe pas rapidement chose, c'est que le récit a débuté trop tôt. Le lecteur va s'ennuyer. Dès les premières pages, il faut que survienne un évènement grave, violent, et condamnable. A ce stade, le lecteur ne sait pas ce qu'il se passe, ni pourquoi. Il ne détient pas les clés de l'intrigue, mais les découvrira plus tard.

Temps 3 : Rencontre avec le héros et ses opposants.
Le héros ne peut pas être une personne satisfaite de sa vie et pleinement heureuse. En effet, il lui faut une raison de s'engager dans une quête qui le mènera sans doute à sa perte. Ce sera donc un personnage insatisfait, qui vit dans la routine, lié d'une façon ou d'une autre à l'incident du temps 2.
Le héros étant un homme comme un autre, que rien ne destinait à devenir le sauveur du monde, il commence par refuser de s'impliquer. Mais finalement, il se rend compte qu'il n'y a que lui et finit par se plier à son destin. Il va rassembler les compagnons et les armes dont il a besoin pour arriver à son but, et gardera en tête son objectif personnel.
C'est aussi à ce moment qu'on découvre l'équipe qui lui sera opposée. Après avoir assisté à une de ses actions pendant le Temps 2, on découvre en général le bras droit du méchant, son exécutant.

Temps 4 : Engagement.
C'est une scène passerelle vers le temps 5. C'est un moment clé du récit, après lequel le héros ne peut plus revenir en arrière. Une des métaphore utilisée par Siegel est de sauter d'un bateau tout habillé dans l'eau. Personne ne le ferait sans des circonstances extraordinaires (qui sont amenées par le temps 3). Il s'agit de sauver sa vie ou celle de quelqu'un d'autre, d'éviter une catastrophe... Une fois cette action accompli, le héros ne pourra plus échapper au déroulement des évènements.

Temps 5 : A la poursuite du mauvais objectif.
N'ayant pas tous les éléments à sa disposition, le héros poursuit un mauvais objectif qui ne pourra pas mettre fin au récit. Le lecteur, possédant les mêmes indices que le héros, est lui aussi persuadé qu'il faut atteindre le premier objectif pour vaincre. Ce temps est parsemé de complications croissantes, entrecoupées de périodes de répit où le héros collecte les indices de la toile de fond initiale. A ce stade, le héros est au fond du trou. Seul le méchant connaît précisément la toile complète de l'intrigue, ce qui lui permet d'enfoncer le héros au fil du récit.
L'assistant du méchant est parfaitement à l'aise dans le Temps 5 et il multiplie les succès.

Temps 6 : Renversement.
Quand le héros est vraiment au fond du trou, le véritable objectif se dévoile. On finit par comprendre en détail ce qu'il s'est passé dans le temps 2. C'est le tournant de l'histoire. Le héros apprend la faiblesse du camp ennemi, le rouage qui peut faire s'effondrer tout l'échafaudage patiemment construit par le méchant. C'est le rebondissement qui relance l'histoire, en bluffant le lecteur.
En même temps, on apprend toute l'étendue du plan du méchant, et l'ensemble de ses conséquences possibles, qui se révèlent énorme, mettant en danger jusqu'au monde entier. L'idéal est d'avoir un renversement légitime, construit sur les bases montées durant le temps 0.

Temps 7 : A la poursuite du nouvel objectif.
A partir de là, tout le monde sait ce qu'il reste à faire. Le héros se bâtit un plan d'attaque solide, dont toute la trame n'est pas dévoilée au lecteur. A ce stade, le héros et le méchant vont se porter tour à tour des coups qui pourraient chacun les achever, sans y parvenir.
Évidemment, le plan prévu ne fonctionne pas sans accroc. Un retournement de situation (un allié du méchant qui retourne sa veste, ou une aide inespérée d'un personnage secondaire) permet au héros de tourner la situation à son avantage et de vaincre le méchant.

Temps 8 : Emballez, c'est gagné.
Les forces du bien ordinaires sont là, elles ont repris la situation en main, maintenant que tout est fini. Le héros devient un homme accompli, et le reste du monde retourne à son état normal. C'est phase est courte, l'histoire est fini et il ne s'agit pas s'étaler.

Et vous, trouez-vous cette structure dans vos propres écrits, ou la trouvez-vous totalement inutile ?

dimanche, janvier 3 2010

Ecrire le prologue de votre roman


Vous savez sans doute tous ce qu'est un prologue : quelques pages qu'on met au début de son roman histoire de capter immédiatement l'intérêt du lecteur.

Mais saviez-vous que c'était aussi un fossoyeur de vocations d'écrivains ? Et oui, bon nombre d'auteurs commencent leur œuvre en se lançant dans l'écriture du prologue. Commencer par le début semble somme toute assez logique. Il faut qu'il soit parfait (comprenez bien que si c'est mal écrit, le manuscrit dans son ensemble risque fort de se retrouver dans une corbeille à papier, avant de finir en papier recyclé, paix à son âme...). Il sera réécrit deux, cinq, dix fois... Et quelques semaines plus tard, après l'avoir décortiqué, trituré, métamorphosé en un chef d'œuvre stylistique, vous vous rendez compte que vous n'avez écrit que 5 pages d'une roman qui devra en faire deux cent.

Le coup de couteau dans le dos. Ça fait mal, non ? Certaines vocation (les plus fragiles, sans doute) n'y survivent pas. Et si vous êtes persévérant et que vous écrivez le reste, pour peu que vous soyez parti un peu à l'aveuglette (je le déconseille), ou que le plan ait changé en cours de route (ça peut arriver), vous vous rendrez compte que votre superbe prologue n'apporte finalement rien de plus au roman. Comme vous le savez à présent, en auteur légèrement expérimenté, tout texte se réécrit plusieurs fois, mais c'est dommage d'avoir perdu du temps.

Le conseil de ce billet sera donc de n'écrire le prologue qu'à la fin. La première raison, c'est que le prologue n'est pas obligatoire. Vous pouvez très bien vous en passer. Quand le reste du roman sera écrit, il sera toujours temps de vous demander si vous voulez y ajouter un prologue ou non. Et la seconde, vous l'aurez compris, c'est que pour faire un prologue efficace, parfaitement intégré, il vaut mieux déjà savoir ce qui va suivre.

Si vous pensez que vous ne pourrez pas vous passer de prologue pour votre manuscrit, commencez par bannir la longue et pénible description de l'histoire et de la géographie de votre monde. Vous ne réussirez qu'à endormir votre lecteur. Choisissez plutôt une scène où il se passe quelque chose capable d'éveiller l'intérêt. Un moment clé, pivot, essentiel pour l'histoire. A la fin de votre prologue, le lecteur doit se poser au minium ces deux questions :
- Comment en est-on arrivé là ?
- Qu'est ce qu'il va se passer ?

C'est en lisant L'Etoile de Pandorre de Peter F. Hamilton, qui j'ai eu l'idée d'écrire cet article. En quelques pages, l'auteur décrit l'acte originel qui a lancé l'âge d'or de l'humanité, en guidant le lecteur jusqu'à une scène qui explique à elle seule le bon technologique énorme qui vont faire les hommes. Ce sera le socle d'une histoire qui démarrera plusieurs siècles plus tard. N'hésitez donc pas à vous plonger dans des prologues, en notant ce qui vous semble faire mouche, ce qui vous semble lourd et inutile. C''est en comprenant ce qui vous a plu en tant que lecteur que vous progresserez en tant qu'auteur.

vendredi, septembre 18 2009

Interview de Grégory Henique, alias Dragonfroid, auteur du roman Poésie


Poésie est un roman de light fantasy, que vous pouvez télécharger sur internet. Son auteur a choisi de créer son propre site web et de vous permettre de lire son ouvrage en ligne, en échange d'un paiement de 5 euros. Une possibilité de distribution de votre œuvre que nous n'avions pas encore abordé. Je vous laisse lire son interview et partager son expérience.

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Imagineria : Bonjour, vous définissez votre roman comme étant de la light fantasy. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce genre et en profiter pour présenter le roman en quelques lignes ? Et si vous pouviez aussi nous expliquer pourquoi vous l'avez appelé "Poésie", c'est un titre peu commun dans le monde de la Fantasy.
Grégory Henique : Bonjour à tous, voici beaucoup de questions d’un seul coup. Pour faire simple et d’après mes propres expériences de lecture, la light-fantasy est un sous-genre de la fantasy ayant la particularité de ne pas se prendre au sérieux. Contrairement aux idées reçues, les livres de light-fantasy ne sont pas des « parodies » de romans plus sérieux ou plus noirs. Selon moi ce sont des univers imaginaires créés par un auteur s’étant accordé tellement de libertés qu’il peut quasiment tout se permettre. En ce qui concerne mon roman POESIE, le héros Lintulinda a le pouvoir de matérialiser chacune de ses émotions. Il rêve de voler ? Cela risque de se réaliser. Il est amoureux de la plus belle fille du village ? Elle va lui déclarer sa flamme spontanément, avec l’inconvénient pour lui de ne pas savoir s’il s’agit de sentiments réels ou éphémères.
Comme vous le savez, chaque magie possède son revers de médaille ; pour Lintulinda la question la plus difficile est de savoir s’il est possible de contrôler un tel pouvoir. Pour en revenir à la light-fantasy, si je devais vous donner un exemple de roman représentatif, je vous conseillerais le cycle de Xanth de Piers Anthony, actuellement réédité en format poche aux éditions MILADY/BRAGELONNE. Il s’agit de mon auteur de fantasy préféré, toutes classes confondues. J’ai rédigé un article à son sujet sur mon blog, je ne sais pas si Imagineria me le permettra mais je joins le lien redirigeant vers cet article : http://dragonfroid.com/blog/?p=194. Piers Anthony manie l’humour avec brio, faisant d’innombrables jeux de mots et décrivant plusieurs scènes cocasses pleines de sous-entendus. Cela ne l’empêche pas d’avoir créé une histoire tenant la route. Si vous voulez faire de l’humour dans votre livre, sachez qu’à mon avis c’est une des choses les plus difficiles à obtenir, et qu’il ne faut surtout pas négliger le sérieux du scénario de fond. Humoristique dans la forme, solide et logique dans le fond : voilà peut-être une des facettes de la light-fantasy. Je crois que je vais m’arrêter là sur ce sujet qui pourrait nous emmener très loin.
J’allais oublier une autre de vos questions, à savoir quelles sont les origines du titre de mon roman POESIE. L’histoire que j’ai écrite m’a semblé être une allégorie du monde réel, une façon de représenter les choses à travers une lentille déformante, comme la poésie est une manière de déclarer son amour de façon déguisée. La forme d’une poésie est tellement belle qu’on en oublie presque le contenu. De même, dans un roman de fantasy, la magie et l’imaginaire sont des formes littéraires qui cachent un sens beaucoup plus profond.

Imagineria : Pourquoi avoir choisi de publier votre roman sur internet plutôt que de passer par une maison d'édition classique ?

Grégory Henique : Je vais être franc avec vous : j’ai d’abord essayé de le faire publier dans un format « papier », mais la vingtaine d’éditeurs à qui j’ai envoyé mon manuscrit m’ont tous répondu par la négative. J’ai sûrement fait l’erreur de le faire parvenir à des éditeurs généralistes et trop connus. J’envisage de retenter l’expérience en m’adressant à des éditeurs plus spécialisés. La publication online est pour moi un moyen d’attirer l’attention sur mon livre et d’avoir des arguments à donner aux maisons d’édition. Je vous avoue que j’attends avec impatience le jour où je recevrai le courriel d’un éditeur dans ma messagerie personnelle, me demandant de le contacter…

Imagineria: Faire son propre site doit représenter un travail énorme, non ? Combien de temps avez-vous mis pour créer le site de votre roman ?

Grégory Henique : A peu près quatre mois, mais je n’ai pas le talent ni les connaissances nécessaires pour créer un site. C’est mon frère, informaticien de métier, qui s’est chargé de tout ce travail pour lequel je lui tire mon chapeau.

Imagineria : Et pourquoi ce choix de créer votre propre site web pour vendre votre roman ? N'aurait-il pas été plus simple de passer par des intermédiaires dont c'est le métier, comme lulu.com, par exemple ?

Grégory Henique : J’ai toujours envisagé l’écriture comme un métier, je refuse de m’investir dans l’écriture d’un roman si c’est pour travailler à perte. Ma fierté personnelle n’est sûrement pas pour rien dans cet état d’esprit. J’ai envisagé de passer par lulu.com, mais pour cela je devais être certain, si je commandais 100exemplaires, que 100 internautes achèteraient mon roman. Mon site est fait aussi pour demander aux lecteurs s’ils souhaiteraient acheter une version imprimée (rubriques « livre d’or » et « sondages »). Si j’ai beaucoup de demandes en ce sens, et si aucune maison d’édition ne se manifeste, je passerai peut-être par ce moyen de paiement.

Imagineria : Lancer son site sur internet, c'est bien, mais il faut encore réussir à se faire connaître pour sortir de l'inextricable jungle du web. Depuis quand votre site existe-t-il et comment faites-vous la promotion de votre roman ? Combien de temps et d'argent avez-vous investi pour la promotion ? Êtes-vous satisfait du résultat ?

Grégory Henique : Mon site existe depuis 8 mois à peu près. Je n’ai investi aucun argent dans sa promotion. Pour tenter de le faire connaître, j’ai utilisé le réseau social Facebook et j’en ai fait la publicité sur différents forums littéraires, sans beaucoup de succès. Depuis deux ou trois mois j’ai complètement changé d’optique : j’ai transformé le site pour en faire mon blog personnel regroupant des articles littéraires, informatiques et vidéo-ludiques. Un lien redirige les internautes vers mon roman s’ils le désirent.

Imagineria : Est-ce que ça fonctionne ? Quand on regarde votre sondage, on constate que seulement une dizaine de personne a répondu aux questions, c’est relativement peu. Combien avez-vous de visiteurs par jour ?

Grégory Henique : Pour le nombre de visiteurs journaliers, je n’en ai aucune idée mais il faudra que je me renseigne pour connaître cette statistique. C’est vrai que pour l’instant, peu de personnes semblent participer au blog et au site du roman en ligne. Il faut dire que les adresses ne sont pas encore très connues, je pense que la fréquence des visites va s’améliorer avec le temps. Pour ce faire je mets à jour mon blog très régulièrement en l’alimentant de divers articles.

Imagineria : Comment avez-vous fixé le prix ? Pensez-vous que c'est un prix acceptable pour voir le droit de lire un roman sans le posséder sous format papier ? Comment vous situez-vous par rapport à la concurrence ? Par exemple, sur lulu.com, vous pouvez acheter des romans en format pdf pour moins que ça.

Grégory Henique : J’ai fixé le prix à 5 euros, il m’a semblé que c’était un prix raisonnable puisque je ne pensais pas toucher beaucoup de lecteurs. Si je l’avais vendu 1 ou 2 euros, je n’aurais obtenu qu’une très faible recette. J’ai peut-être fait un mauvais calcul, puisqu’on peut aussi imaginer un prix plus faible avec un plus grand nombre de lecteurs. Disons que c’est le choix que j’ai fait au début de mon aventure…

Imagineria : Et pour aller au coeur du sujet, combien d'inconnus ont accepté de payer cinq euros pour lire votre roman en ligne ? Cette question est essentielle pour les jeunes auteurs qui hésitent à emprunter cette voie et qui se demandent si ça en vaut réellement la peine.

Grégory Henique : En quelques mois je n’ai que 6 ventes à 5 euros chacune.

Imagineria : Vendre soi-même ses écrits, sans intermédiaire, peut être tentant mais c'est malheureusement souvent voué à l'échec (difficultés de faire sa propre promotion, mauvaise réputation des ouvrages qui n'ont pas été acceptés par un éditeur, difficultés à émerger de la masse des romans du même type disponibles un peu partout...). Fort de votre propre expérience, considérez-vous que la voie que vous avez choisie est viable ou vaut-il mieux passer par l'édition traditionnelle ?

Grégory Henique : Sincèrement, en l’état actuel des choses cela ne me semble pas très viable à moins d’être très patient et de monter sa réputation sur le long terme. Comme vous le dîtes, les gens ne vont pas sur internet pour payer, en général ils s’arrangent pour que ce soit gratuit. Par contre, dans une dizaine d’années les livres électroniques « e-book » vont se généraliser ; à mon avis il sera alors plus facile pour les auteurs de diffuser leurs œuvres sous une forme dématérialisée. Personnellement je fais confiance à ce nouveau mode de diffusion du livre et j’attends fébrilement sa vulgarisation auprès du grand public.

Imagineria : Pour le reste des questions, nous nous attacherons aux conseils que vous pouvez donner aux jeunes auteurs, en tant qu'écrivain ayant réussi à achever un roman. Quelle est votre méthode d'écriture ?

Grégory Henique : Je ne dis pas que ma méthode est celle qu’il faut suivre, et à mon avis il existe autant de méthodes d’écriture que d’écrivain. Tout d’abord, pour apprendre à rédiger il n’y a qu’une chose à faire : écrire et encore écrire. Il est faux de penser que lire permet de faciliter l’expression écrite. Si je voulais être provocateur, je dirais presque que c’est une perte de temps. Écrire en demande tant. J’ai beaucoup aimé une phrase que j’ai vue sur un t-shirt porté par Piers Anthony : « So many books… so little time ! » (tant de livres… si peu de temps !). C’est une vérité cruelle est implacable. En ce qui me concerne je ne me sens pas capable d’écrire un livre en moins de 3 ans. La lecture a aussi le désavantage d’influencer le futur auteur. Soyez innovants. Restez vous-même. Écrivez ce que vous pensez. Vous ne pourrez percer qu’en mettant en avant ce que vous possédez en vous, et non en imitant tel ou tel modèle. J’ai lu beaucoup de livres, mais ils ne m’ont servi qu’à acquérir une culture générale.
Une méthode simple pour commencer est la tenue régulière d’un journal intime. Cette pratique, vieille comme le monde, est à mon avis la meilleure puisqu’elle forme l’individu à expliquer ce qu’il s’est passé. La quantité d’écrits, au début, est primordiale. La qualité s’acquiert par la suite.
On ne peut envisager la rédaction d’un roman qu’après cela. Une fois que vous vous sentez à l’aise avec l’expression, la méthode que vous choisirez importe peu. Personnellement je ne fais pas de plan : je me laisse envahir par mes personnages jusqu’à ce que j’en rêve la nuit. Ils me hantent : j’y pense constamment. Arrive le moment où je fais des cauchemars la nuit parce que j’ai pensé à ce qui va arriver à tel ou tel personnage. Lorsque je me réveille, bouleversé, je prends note de ces visions et je m’en sers pour la rédaction du chapitre en cours. Je le concède, cette méthode est assez originale ; on peut penser qu’elle s’apparente à de l’écriture automatique mais il n’en est rien. Derrière tout ça il y a du travail, du temps passé à écrire et à corriger ce qui a été écrit, du temps passé à recommencer tout un livre depuis le début, du temps passé parce que vous avez fini votre roman, qu’aucun éditeur ne vous publie et qu’il vous faut en réécrire un autre. La remise en question est le fardeau de l’écrivain. Il est constamment en train de se demander si la page qu’il vient de terminer est bonne ou mauvaise. Un jour il se dira « je suis un génie, ce que je viens d’écrire c’est la perle rare ! ». Le lendemain il sera complètement dépité et aura l’impression d’être le plus nul des gratte-papiers.

Imagineria : Faites-vous des fiches de personnages ?
Grégory Henique :
Oui. Pour moi, prévoir la trame d’un roman c’est prévoir la vie que vous donnerez à vos personnages. Ils doivent devenir réels dans votre esprit. S’ils sonnent faux, ce que vous avez écrit sera mauvais. Vous devez mettre dans vos écrits un peu de votre personne.

Imagineria : Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour ou par semaine ?
Grégory Henique :
Deux heures par jour.

Imagineria : L'inspiration vous vient-elle facilement ? Avez-vous des techniques pour éviter le syndrome de la page blanche ?
Grégory Henique :
Oui, l’inspiration me vient facilement. Ce qui est le plus éprouvant c’est la rédaction. Je suis intransigeant avec moi-même et ne me satisfait que difficilement de la façon dont j’ai rédigé. Il s’agit d’une forme de perfectionnisme, comme si j’étais maniaque ou atteint d’un trouble obsessionnel.
Pour éviter le syndrome de la page blanche, arrêtez votre rédaction en cours, allez dormir, et rêvez à la suite de votre roman.

Imagineria : Vous êtes-vous plongé dans un de ces nombreux livres donnant des conseils aux auteurs ? Si oui, lesquels et que vous ont-ils apporté ?
Grégory Henique :
Non, très peu. J’ai toujours fait un peu à ma manière, étant têtu de nature.

Imagineria : Avez-vous déjà utilisé des logiciels d'aide à l'écriture ? Pensez-vous qu'ils peuvent apporter quelque chose aux jeunes auteurs ?

Grégory Henique : Non jamais. Cela ne fera pas d’eux des Balzac.

Imagineria : Votre monde est un univers inédit. Comment avez-vous fait pour les créer ? Quels sont vos "trucs" pour le rendre cohérent tout au long du roman ?

Grégory Henique : En dehors des nombreux défauts que je viens de vous exposer (têtu, fier, orgueilleux), je pense que ma qualité principale est l’empathie. Sans cela je n’aurais jamais voulu être écrivain. Cette faculté innée de vous mettre à la place des autres vous fait beaucoup souffrir puisque vous pouvez percevoir ce qu’ils ressentent. L’écriture vient de toutes ces émotions cueillies à droite et à gauche. C’est le meilleur truc pour rendre cohérents les gens que vous inventez.

Imagineria : N'étant pas passé par une maison d'édition, je suppose que vous avez corrigé tout votre roman vous-même. Comment avez-vous réussi à faire une correction irréprochable ? Vous êtes-vous fait aider ?

Grégory Henique : Non je ne me suis pas fait aider. J’ai relu et corrigé plusieurs dizaines de fois chaque phrase de mon roman. Peut-être une cinquantaine de fois si l’on compte la rédaction, les nombreuses relectures et corrections, puis les nouvelles relectures partielles du livre que je faisais tous les 10 chapitres à peu près. Travailler ainsi permet d’éliminer, au fur et à mesure, tout le superflu qui rend votre écrit redondant, lourd et confus.

Imagineria : Pour éviter le plagiat, je suppose que vous avez déposé votre texte. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez fait et pourquoi vous avez choisi ce mode de protection ?

Grégory Henique : Le roman POESIE est protégé par un dépôt auprès de la Société des Gens de lettres (SGDL), Hôtel de Massa, 38 rue du Faubourg Saint Jacques 75014 Paris, http://www.sgdl.org/. Bien que payant, j’ai trouvé que ce mode de protection offrait le meilleur rapport qualité/prix.

Imagineria : Et la dernière question : continuez-vous à écrire ? Et si oui, comptez-vous proposer votre prochain roman sur internet comme vous l'avez fait pour Poésie ?

Grégory Henique : Oui, j’ai un nouveau projet que j’expose dans les grandes lignes dans mon blog. J’essaierai de le faire publier en version papier.

Imagineria : Je vous remercie pour ces réponses.

Grégory Henique : Merci à vous, et n’hésitez pas à me contacter si vous le désirez sur www.dragonfroid.com.

mercredi, septembre 2 2009

Ecrire un roman mélangeant science et magie

Voilà un défi intéressant. La plupart des romans de fantasy se déroule dans des mondes médiévaux, avec des brutes analphabètes qui se tapent dessus à l'épée. Il faut dire que cette époque se prête parfaitement au développement de récits merveilleux. Un monde où la science est absente, où les phénomènes naturels sont incompris, est un terreau idéal pour la magie. Mais se détacher de ce grand classique peut vous permettre décrire une œuvre originale et passionnante.

Peut-on faire cohabiter science et magie ?
La réponse est oui, mais il faut comprendre que ça apporte un certain nombre de difficultés qu'il faut prendre en compte. En effet, le principe de la science, c'est que tout phénomène peut être expliqué. Et plus on arrive à expliquer le monde qui nous entoure, moins on peut croire à la magie. Par exemple, avec la connaissance que nous avons aujourd'hui de la médecine, il n'existe plus beaucoup de gens qui pensent qu'on peut guérir une appendicite en posant sa main sur le ventre du patient. Et si ça se faisait de façon régulière, on verrait immédiatement une armée de spécialistes étudier le phénomène pour y apporter une explication rationnelle. La science et la magie semblent donc être forcées à un antagonisme constant.
C'est ce qu'on constate dans le monde réelle. La magie (les sorcières, l'achimie...) avait une grande place au Moyen-Âge. Si elle a pu cohabiter un temps avec la science balbutiante, elle a finit par être repoussée par le commun des mortels, mais existe toujours dans l'esprit d'une minorité de personnes (voyance, imposition des mains, miracles..).  
Mais vous pouvez très bien dépasser ce phénomène. Par exemple, vous pouvez imaginer un monde où la science a fait de tels progrès que de nouveaux phénomènes naturels ont été découverts, offrant à ceux qui les contrôlent la possibilité de faire de la magie. Ou alors imaginer des mages qui ne se contentent pas de lire des grimoires pleins de formules étranges mais qui cherchent à développer les sciences. D'innombrables possibilités vous sont offertes, mais il faut que ce soit suffisamment étayé pour que le lecteur puisse y croire.

Se documenter
Si vous faites intervenir des phénomène scientifiques, il vous faudra vous documenter. Quand on dit qu'un mage a lancé une boule de feu, on n'a pas besoin de plus d'explications. Quand on cherche à expliquer une réaction chimique provoquant une explosion, il vaut mieux savoir de quoi on parle, au risque de passer pour un rigolo. De plus, vous aurez besoin d'un minimum de connaissance sur les démarche scientifiques, les méthodes qui permettent d'aboutir à des conclusions techniques.

Différencier fortement les points de vue
Une fois que vous aurez opté pour une explication permettant la cohabitation de la science et de la magie, il faudra vous y tenir. Vos personnages croyant à la magie ne verront pas le monde la même façon que ceux qui se revendiquent scientifiques. Les points de vue devront être bien distincts, le vocabulaire et les façons de réfléchir différents.
Par exemple : un château qui explose.
L'adepte des arts occultes va y voir un sort issu de la magie noire. Sans doute que l'ennemi a un shaman dans ses rangs, capable de lancer des sorts de destruction. Pour que ce soit aussi puissant, il a du vendre son âme au diable.
Le scientifique, lui, va se rendre sur place et essayer de trouver des indices pour comprendre ce qu'il s'est passé. Il va se rappeler qu'il a lu un bouquin qui parlait d'une poudre qui explosait quand on y mettait le feu. Il va faire des recherches pour rassembler plus d'informations puis essayer de reproduire le phénomène, sur une maquette par exemple, et conclure que vu la puissance de l'explosion, la quantité de poudre devait être énorme.
Au final, on comprendra peut-être que c'était bien de la poudre qui a été utilisée, mais qu'un mage l'avait enchantée  pour en augmenter la puissance. A l'auteur d'expliquer comment on arrive à ces conclusions, et comment les deux intervenants peuvent tomber d'accord, acceptant chacun de se ranger aux croyances de l'autre.

Pour conclure
Vous aurez compris que mélanger science et magie présente de nombreuses difficultés. Vous devrez être capable d'expliquer comment se crée l'équilibre entre ces deux thèmes antagonistes, de gérer des points de vue sur le monde radicalement différents, et de les marier ou de les opposer avec des explications suffisamment concrètes pour que votre histoire soit crédible.

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